Y-a-t-il un intérêt à utiliser le pantoprazole en prophylaxie des saignements gastro-intestinaux en USI ?

  • Krag M & al.
  • N Engl J Med
  • 24 oct. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

Chez les patients pris en charge en urgence en unité de soins intensifs (USI) et à risque de saignements gastro-intestinaux, la mortalité à 90 jours et le nombre d’évènements cliniquement importants parmi quatre (saignement gastro-intestinal sévère, pneumonie, infection à Clostridium difficile ou IDM) sont similaires, qu’ils aient reçu ou non du pantoprazole en IV.

Ces résultats ne permettent pas de conforter l’utilisation d’un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) dans ce contexte. Cependant, il serait nécessaire de mener des études de plus large envergure et de suivre d’autres critères pour le confirmer.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les ulcères de stress en USI peuvent induire des saignements gastro-intestinaux qui eux-mêmes peuvent être associés à des complications importantes. Bien que certains experts préconisent chez les sujets à risque, la prophylaxie des ulcères gastro-intestinaux en USI1, il existe peu de données sur son efficacité. Par ailleurs, certaines alertes émises sur le risque d’effets indésirables (infection à Clostridium difficile, pneumonie, IDM) avec les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent venir contrebalancer le bénéfice potentiel de ces traitements dans ce contexte.

Méthodologie

L’étude européenne SUP-IUC (Stress Ulcer Prophylaxis in the Intensive Care Unit) est une étude multicentrique, menée en groupes parallèles et en aveugle. Des sujets adultes admis en USI au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas, en Norvège, en Suisse et au Royaume Unis entre janvier 2016 et octobre 2017, ont été randomisés pour recevoir 40 mg de pantoprazole IV ou un placebo quotidiennement sur toute la durée du séjour en USI.

Principaux résultats

Au total, sur les 3.298 sujets enrôlés, 1.645 ont été assignés au groupe pantoprazole et 1.653 au groupe placebo. À 90 jours, 31,1% des sujets sous pantoprazole et 30,4% sous placebo sont décédés (critère principal d’évaluation, risque relatif 1,02 [0,91-1,13], p=0,76). Le temps médian de séjour en USI était de 6 jours après la randomisation, et le temps médian de traitement de 4 jours. Les résultats en sous-groupes prédéfinis (antécédent de maladie hépatique, d’AVC, antécédent ou présence d’une coagulopathie, ventilation mécanique, différentes causes d’admission en USI) étaient assez similaires d’un groupe à l’autre en ce qui concerne le décès à 90 jours.

La proportion de sujets ayant développé au moins un événement cliniquement important  durant le séjour en USI (saignement gastro-intestinal sévère, pneumonie, infection à Clostridium difficile ou infarctus du myocarde) était de 22,6% sous placebo et 21,9% sous pantoprazole (soit un risque relatif de 0,96 [0,83-1,11]).

Le suivi des patients a permis de montrer que 2,5% de ceux traités par pantoprazole souffraient de saignements gastro-intestinaux sévères versus 4,2% sous placebo.

En revanche, durant la période de 90 jours post-intervention, le nombre de patients ayant une infection ou une réaction secondaire sévère, ainsi que le pourcentage de jours en vie sans assistance, étaient similaires dans les deux groupes.

Principales limitations

Manque de données sur le suivi médical de ces patients, absence de contrôle endoscopique et peu de patients inclus. 

Financement

Étude financée par un fond d’innovation danois.