WCO IOF ESCEO : Diabète et arthrose : des comorbidités qui interagissent

  • Dr Chloé Vaneeren

  • JIM Actualités des congrès
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Le diabète autant que l'arthrose sont très fréquents. Et, si obésité et arthrose sont intimement mêlés, obésité et diabète le sont également. Diabète et arthrose partagent donc de nombreux facteurs de risque qui ont conduit un panel de spécialistes de ces deux pathologies à se réunir pour établir un document de consensus qui vient d'être publié (Semin Arthritis Rheum. 2019 Jan 11. sous la direction de Nicola Veronese, Padoue-Venise).

Que disent les études épidémiologiques ?

On constate que les patients diabétiques souffrent plus fréquemment d'arthrose (46 %) que les non-diabétiques et, inversement, il y a plus de diabète chez les patients souffrant d'arthrose (41 %) que chez les non arthrosiques.

Le diabète représente également un facteur de risque de progression de l'arthrose, avec une proportion plus grande d'arthroplasties chez le diabétique que chez le non diabétique.

Enfin, certaines études ont montré que les conséquences à long terme de l'arthrose sont plus fréquentes chez le patient diabétique (notamment plus d'infections après chirurgie).

Le rôle de l'insulinorésistance

L'hyperglycémie et l'insulinorésistance que l'on rencontre dans le diabète de type 2 expliquent probablement une partie des liaisons entre diabète et arthrose, notamment parce que le glucose pénètre facilement les chondrocytes au sein desquels il entraîne une réduction de la différenciation chondrogénique des cellules souches mésenchymateuses. Le glucose entraîne également un stress oxydatif au sein des chondrocytes et agit sur les métalloprotéinases matricielles et la voie de la MAPkinase. Il agit également en étant proangiogénique sur la membrane synoviale et sur l'os sous-chondral via les Advanced Glycated End products (AGE). Enfin, l'obésité viscérale est une source importante de cytokines pro-inflammatoires susceptibles de provoquer des lésions structurelles des articulations. Elle exerce aussi un impact mécanique, médié par la leptine, provoquant l'apoptose des chondrocytes et, via les acides gras libérés sur les structures articulaires.

Tout est loin d'être dit

Quoi qu'il en soit, il faut savoir que les études qui ont souligné l'augmentation de prévalence de chacune des deux affections en présence de l'autre, n'ont pas différencié les diabétiques de type 1 et les diabétiques de type 2. Or, ces deux types de diabète ont une physiopathologie différente et seuls ces derniers présentent une résistance à l'insuline, a souligné André Scheen (Diabétologie, Liège).

Toutes ces considérations laissent supposer que le contrôle et la prévention du diabète pourrait moduler l'occurrence de l'arthrose et sa progression. Cela dit, de nombreux nouveaux produits ont été développés dans le diabète de type 2, et aucune étude n'a été réalisée avec ces molécules chez des patients arthrosiques, ce qui a été le cas avec la pioglitazone, un agent insulino-sensibilisant qui diminue l'insulinorésistance. Plusieurs nouveaux agents antidiabétiques ayant un mécanisme d'action complètement différent, il est certainement prématuré d'extrapoler les bénéfices liés à la pioglitazone. Cela dit, c'est l'hyperglycémie qui provoque la formation d'AGEs et c'est par le contrôle de l'hyperglycémie que l'on peut contrôler la formation d'AGEs.

A l'inverse, on sait que certains médicaments donnés dans l'arthrose sont susceptibles d'augmenter le risque de développer un diabète : on pense aux corticostéroïdes par exemple. Enfin, les comorbidités générées par certains agents anti-arthrose, notamment le risque cardio-vasculaire lié au paracétamol et aux AINS, ou le risque hépatique généré par le paracétamol, peuvent faire exploser les comorbidités observées dans le diabète (morbidité cardio-vasculaire, NASH, insuffisance rénale, …). Enfin, on sait que les glitazones ont aussi une action sur les marqueurs de l'inflammation. Les choses sont donc loin d'être élucidées, et donc résolues, ont conclu les experts.

Le document de consensus mentionné plus haut répondant par ailleurs à plusieurs questions, a statué en rappelant le rapport étroit entre diabète et arthrose et la spécificité de l'arthrose du diabétique. A noter que cette spécificité n'entraîne pas de modification dans la prise en charge générale de l'arthrose, en particulier quant à l'usage à long terme de la glucosamine. A l'inverse, on peut noter que la classe des glitazones pourrait avoir un effet bénéfique sur l'arthrose du diabétique.