Vous reprendrez bien un chocolat ?

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L'insuffisance cardiaque est une cause majeure de morbidité et de mortalité à travers le monde. Certaines études évoquent l'aspect protecteur que peut apporter la consommation de chocolat sur la santé cardiovasculaire, d’autres montrent plus particulièrement une réduction de la pression systolique et diastolique après une consommation régulière ou ponctuellement importante. Enfin, certaines avancent une association entre la consommation régulière de chocolat et la diminution de l'incidence des décès d'origine cardiovasculaire ou du risque d'insuffisance cardiaque post-infarctus. Pour savoir s'il existe une association entre consommation de chocolat et insuffisance cardiaque, des chercheurs suédois ont conduit une nouvelle étude observationnelle.

Méthodologie

  • La cohorte COSM (Cohort of Swedish Men) est une étude de cohorte fondée sur la population nationale masculine. Elle regroupe 48.850 hommes âgés de 45 à 79 ans en 1997. Ces participants ont rempli des questionnaires sur leurs habitudes et leur hygiène de vie ainsi que sur leurs éventuels traitements en cours. Parallèlement, les cas de maladies cardiovasculaires, les évènements de chirurgie et les décès survenus au sein de cette cohorte ont été identifiés à partir de registres nationaux.

  • Les habitudes alimentaires ont été enregistrées à partir d'un questionnaire validé sur la consommation alimentaire comportant 96 items. Pour les aliments comme le chocolat, 8 réponses étaient proposées, s'étageant entre une consommation ponctuelle, une consommation de 1 à 3 portions mensuelles… et jusqu’à plus de trois portions par jour.

  • Les patients ayant des antécédents personnels de cancer, d'insuffisance cardiaque, d'infarctus du myocarde ou de diabète ont été exclus.

  • Les covariables suivantes ont aussi été utilisées pour l'analyse : apport énergétique quotidien, tabagisme, consommation d'alcool, antécédents familiaux, activité physique… Un score d'alimentation saine (type DASH, Dietary Approaches to Stop Hypertension) était calculé selon la consommation en fruits et légumes, graines, produits laitiers pauvres en lipides...

  • Les patients ont été suivis de janvier 1998 à décembre 2011. Les hospitalisations ou les décès toutes causes confondues et liées à l'insuffisance cardiaque ont été analysés.

  • Critère d'évaluation : critère composite rassemblant les hospitalisations et les décès pour un diagnostic principal ou secondaire d'insuffisance cardiaque.

Résultats

  • Durant les 14 années de suivi, 2.157 hommes ont été hospitalisés ou sont décédés pour insuffisance cardiaque (n=1.901 et n=256 respectivement), soit un taux de 5,2 pour 1000 patients-années.

  • La consommation moyenne de chocolat était de 1 à 3 portions par mois. Ceux qui consommaient plus de chocolat étaient ceux qui avaient l'apport énergétique quotidien le plus élevé. Ils étaient en général moins souvent fumeurs, avaient plus souvent un niveau d'éducation élevé et avaient moins souvent de l'hypertension que les autres.

  • Par comparaison avec ceux qui ne mangeait pas de chocolat, l'analyse multivariée après ajustement montrait que le risque d'insuffisance cardiaque était de 0,88 [IC95% : 0,78-0,99], de 0,83 [IC95% : 0,72-0,94] et de 0,82 [IC95% : 0,68-0,99] pour ceux qui consommaient respectivement 1 à 3 portions par mois, 1 à 2 portions par semaine et 3 à 6 portions par semaine. Le risque était de 1,10 [IC95% : 0,84-1,45] pour ceux qui consommaient plus d'une portion par jour (p significatifs).

  • Les résultats allaient dans le même sens lorsque les données n'étaient pas ajustées sur l'HTA auto-déclarée ou lorsque les sujets souffrant d'HTA ou de dyslipidémie étaient exclus.

  • Après stratification par quartile de score DASH, l'association était similaire pour toutes ces catégories, y compris pour ceux qui présentaient des scores DASH reflétant des habitudes alimentaires saines. Aucune influence du tabagisme, de l'IMC, de la consommation de produits laitiers ou de l'activité physique n'a été identifiée.

  • La consommation de produits gras et sucrés (pâtisseries, bonbons, glaces, chips, popcorns) était fortement corrélée à celle du chocolat, mais n'était pas associée à l'incidence de l'insuffisance cardiaque.

Limitations

  • Il n'était pas possible d'évaluer la consommation exacte de flavonoïdes provenant du chocolat. Cependant, le chocolat au lait (comportant 30 % de cacao) représente 90 % du chocolat consommé en Suède.

  • Des facteurs de confusion potentiels ont pu être omis.

Financement

L'étude a reçu le soutien de plusieurs financeurs : Conseil européen de la Recherche, Université d'Harvard (Harvard Catalyst, USA), Danish Cancer Society, Danish Council for Strategic Research et National Institute of Health (USA).

À retenir

Cette étude montre que les hommes sont protégés de l'hospitalisation ou du décès pour insuffisance cardiaque lorsqu'ils consomment régulièrement – mais modérément- du chocolat. Il est possible que les flavonoïdes qu'il contient soient à l'origine de cet effet. En revanche, l'association entre la consommation de chocolat et l'insuffisance cardiaque suivait une courbe en J : une consommation trop élevée ne permettait plus de bénéficier de cette protection. Il est possible que les personnes concernées par cette sur-consommation mangent également moins d'aliments bénéfiques pour leur santé cardiovasculaire.