VITAL : pas de bénéfice de la vitamine D3 sur le risque de cancer et d’évènements cardiovasculaires majeurs en prévention primaire

  • Manson JE & al.
  • N Engl J Med
  • 10 nov. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude menée sur plus de 25.000 sujets sains montre que la supplémentation en vitamine D3 (2.000 UI/j) durant 5,3 ans n’a pas été associée à une diminution significative de l’incidence du cancer au global, ni des évènements cardiovasculaires majeurs (IDM, AVC, décès de cause cardiovasculaire). Les résultats n’ont pas suggéré non plus qu’une supplémentation en vitamine D3 pouvait induire une réduction significative de l’incidence plus spécifiquement des cancers du sein, de la prostate ou du côlon-rectum, ni d’une diminution de la mortalité par cancer. Pour les auteurs de l'étude, il semblerait difficile de pouvoir démontrer le bénéfice d'une supplémentation en vitamine D3 sur une population en prévention primaire dont les taux initiaux en 25-hydroxy vitamine D (25(OH)D) se situent globalement autour d'une valeur normale basse (moyenne à l'inclusion 30,8±10,0 ng/mL, 77 nmol/L).

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Des études ont montré des taux plus faibles de décès liés à un cancer ou aux maladies cardiovasculaires dans les régions les plus exposées au soleil que dans celles qui le sont moins. Or, l’exposition solaire est nécessaire à la synthèse de vitamine D par les tissus cutanés. D’autres études en laboratoire ont montré la présence de récepteurs à la vitamine D dans de très nombreux tissus et ont suggéré un mécanisme potentiellement en lien avec le cancer et les maladies cardiovasculaires. Par ailleurs des études observationnelles ont montré une association entre de faibles taux de 25-hydroxyvitamine D et l’augmentation du risque de cancer et de maladies cardiovasculaires. Pour autant il n’est pas clair qu’une supplémentation en vitamine D3 puisse réduire le risque de cancer et d’évènements CV en prévention primaire. D’où l’intérêt de cette étude de très large envergure. 

Méthodologie

L’étude VITAL (The Vitamin D and Omega-3 Trial) est une étude randomisée, contrôlée versus placebo. C’est un essai de type factoriel 2x2 ayant évalué l’impact d’une supplémentation de 2.000 UI/j de vitamine D3 (cholécalciférol) et d’acide gras oméga-3 (1 g/j) sur la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires chez des sujets sains (hommes de 50 ans et plus et femmes de 55 ans et plus). Les critères d’évaluation étaient l’incidence d'un cancer invasif et la survenue d’évènements cardiovasculaires (critère composite constitué de l’IDM, de l’AVC et du décès d’origine cardiovasculaire). 

Principaux résultats

Sur les 25.871 participants inclus, 51% étaient des femmes, l’âge moyen était de 67,1 ans et la cohorte suivie était constituée de 20% de sujets d’origine africaine et 71% d’individus d’origine caucasienne non-hispanique.

À l’inclusion, le taux moyen de 25(OH)D était de 30,8±10,0 ng/mL (77 nmol/L), avec 12,7% des sujets ayant un taux

L’observance (définie par la prise d’au moins deux tiers des capsules) était de 82,0% dans le groupe supplémenté en vitamine D3 et 80,3% dans le groupe placebo.

Sur le suivi médian de 5,3 ans, la différence de risque de cancer était similaire dans le groupe vitamine D3 et placebo (hazard ratio 0,96 [0,88-1,06], p =0,47), ainsi que le risque d’évènements cardiovasculaires majeurs (HR 0,97 [0,85-1,12], p=0,69). 

Les analyses secondaires n’ont pas montré de diminution significative des risques spécifiques de cancer du sein (HR 1,02 [0,79-1,31]), de cancer de la prostate (0,88 [0,72-1,07]) ou de cancer colorectal (1,09 [0,73-1,62]). De même aucune différence de risque d’évènement cardiovasculaire majeur n’a pu être mis en évidence spécifiquement pour l’IDM (0,96 [0,78-1,19]), l’AVC (0,95 [0,76-1,20]) ou le décès d’origine cardiovasculaire (1,11 [0,88-1,40]).

Les auteurs suggèrent que l’absence de bénéfice d'une supplémentation de 2.000 UI/j en vitamine D3 sur le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires en prévention primaire chez les sujets sélectionnés pourrait être liée au faible nombre de sujets ayant des taux sériques en 25(OH)D très bas (

Principales limitations

Durée relativement courte pour le suivi des critères évalués, et une seule dose de vitamine D3 a été évaluée.