Virus de la grippe : un ennemi public polymorphe


  • Marie Torre
  • Actualités Médicales
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La grippe saisonnière touche chaque année en France 2 à 6 millions de personnes et entraine près de 9.000 décès, dont 90% surviennent chez des personnes de plus de 65 ans. (1) Les virus responsables de la grippe évoluent constamment et la meilleure protection reste la vaccination, avant chaque période hivernale de circulation active des virus.

 

Des virus grippaux en constante mutation

Le virus de la grippe est un virus à ARN (famille des Orthomyxoviridae, genre Influenza) qui se présente sous trois types infectant l’Homme : les types A et B responsables des épidémies de grippe saisonnière et le type C responsable d’infections sporadiques souvent bénignes. (1-3) Seuls les virus de type A sont responsables de pandémie (épidémie qui s’étend rapidement sur toute la surface du globe). (3)

Les virus de type A sont divisés en sous-types selon la nature de leurs glycoprotéines de surface : l’hémagglutinine (de H1 à H18) et la neuraminidase (de N1 à N11). (2) Seuls deux sous-types circulent actuellement chez l’Homme : A(H1N1)pdm09 et A(H3N2). Les virus de type B sont également divisés selon leurs glycoprotéines de surface, en deux lignages : B/Victoria et B/Yamagata.

Les virus grippaux évoluent continuellement via deux mécanismes :

- L’accumulation de mutations à chaque cycle de réplication, qui permet aux virus de type A ou B d’échapper à la réponse immunitaire préexistante et d’être à l’origine des épidémies saisonnières ;

- Les échanges de segments génomiques, ou réassortiments, pour les virus de type A uniquement, qui entraînent l’apparition de nouveaux virus à l’origine des pandémies.

Le XXe siècle a connu trois pandémies après apparition d’un nouveau virus de type A. Entre 1918 et 1919, la pandémie dite de « grippe espagnole » a été responsable de plus de 50 millions de morts dans le monde. En ces temps de guerre, seule la presse espagnole pouvait parler librement de ce fléau, qui semble plutôt être apparu aux Etats-Unis et s’être répandu avec les troupes américaines envoyées en renfort des alliés.

La dernière pandémie grippale date de 2009 : elle était liée à un nouveau variant A(H1N1)pdm09  (pdm09 pour « pandémie de 2009 »), issu d’échanges génétiques entre un virus humain, un virus aviaire et deux virus porcins. Depuis ce virus a remplacé les précédents virus A(H1N1) et est responsable des épidémies saisonnières, avec les virus A(H3N2) et les virus de type B.

Certains virus de type A peuvent infecter différentes espèces aviaires ou de mammifères, dont le porc. (3) La transmission d’un virus aviaire à l’Homme ne se fait qu’en cas d’exposition prolongée à des volailles infectées, en absence de transmission interhumaine démontrée.

 

Un vaccin conçu sur-mesure chaque année

Les vaccins contre la grippe aujourd’hui utilisés en France sont des vaccins inactivés composés de 3 ou 4 souches : A(H1N1)pdm09 et A(H3N2) ; B-Yamagata et B-Victoria. (1,3) Pour la saison 2019/2020, le vaccin contient par exemple la souche A/Kansas/14/2017 (H3N2)-like virus : A correspond au type de virus, Kansas à l’origine géographique du premier isolement du virus, 14 au numéro d’ordre de la souche attribué par le laboratoire qui fait l’isolement, 2017 à la date de l’isolement et (H3N2) au sous-type de virus. (2,4)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie chaque début d’année la composition des vaccins avec les souches les plus susceptibles de circuler en fin d’année, lors de l’épidémie hivernale suivante. (2) La protection conférée par le vaccin dure de 6 à 9 mois. (3)

L’efficacité du vaccin contre la grippe va donc dépendre :

- de la concordance entre les prévisions de l’OMS et les souches qui vont effectivement circuler pendant l’épidémie hivernale suivante ;

- des populations vaccinées. (2)

Les personnes âgées fragiles ou dépendantes sont plus à risque de contracter l’infection et de présenter des complications graves. (5) Cette susceptibilité accrue est liée à diverses altérations anatomiques et physiologiques liées au vieillissement, dont l’immunosénescence, mais aussi à la malnutrition et aux comorbidités souvent présentes. L’immunosénescence se caractérise notamment par un défaut de réponse aux nouveaux antigènes ou un défaut de persistance de la mémoire vaccinale. La vaccination des personnes âgées constitue néanmoins la meilleure protection disponible contre la grippe.

En France, la stratégie vaccinale consiste à :

- Protéger par la vaccination les personnes les plus vulnérables : personnes âgées de 65 ans et plus, personnes atteintes de certaines pathologies chroniques, femmes enceintes et personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle ≥ à 40 kg/m2).

- Assurer une protection indirecte des personnes vulnérables par une stratégie de « cocooning » en vaccinant les personnes en contact (professionnels de santé, entourage d’un nourrisson à risque…). (1,2)

La vaccination des femmes enceintes permet également de protéger les nourrissons dans leurs premiers mois de vie. (2)