VIH : les migrants deviennent-ils séropositifs avant ou après leur arrivée en Europe ?

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En 2015, il a été estimé que 37% des 29.747 nouveaux cas de VIH diagnostiqués dans l’Union Européenne et dans l’Espace économique européen concernaient des migrants. Alors qu’une partie des cas est importée, liée à un accès à une information, une prévention ou un dépistage insuffisants dans le pays d’origine, d’autres sont contractés après leur arrivée. Jusqu’à présent, les données européennes disponibles pour les différencier sont insuffisantes alors qu’elles sont indispensables pour proposer une stratégie de prévention et de dépistage adaptée à cette population. Les pays participants au réseau aMASE (advancing Migrant Access to Health Services in Europe) ont donc colligé leurs données pour estimer chez les personnes ayant migré le taux d’infections VIH contractées en Europe et les facteurs de risque qui y sont liés.

Méthodologie

  • L’étude transversale multicentrique a recruté des participants adultes diagnostiqués VIH dans les 5 précédentes années et qui résidaient depuis au moins 6 mois dans l’un des pays participants (Belgique, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Suisse et Royaume-Uni).

  • Un questionnaire a été soumis aux participants dans une langue qu’ils pouvaient comprendre (15 langues possibles) : il comportait des questions sur les données socio-démographiques et cliniques, sur le comportement sexuel, l’usage de drogues, la trajectoire migratoire. Parallèlement les données cliniques recueillies auprès des participants comportaient le résultat des tests VIH précédents, le taux de CD4, la charge virale, le sous-type de VIH, les évènements cliniques liés à la maladie et l’initiation d’un traitement antirétroviral.

Résultats

  • Au total, 3.251 personnes séropositives ont été invitées à participer à l’étude, parmi lesquelles 2.209 ont accepté : il s’agissait surtout d’hommes (68%), d’âge moyen égal à 36 ans ; 46% étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

  • Un tiers d’entre eux provenaient d’Afrique subsaharienne, un tiers d’Amérique Latine ou caribéenne et 26% provenaient d’un autre pays européen.

  • Les cas incidents parmi la population hétérosexuelle touchaient principalement les sujets d’Afrique subsaharienne (61%) et les femmes (65%), ainsi que les personnes ayant le plus bas niveau d’éducation (32% d’études primaires ou moins). Ceux relevés dans la population HSH concernaient surtout la population d’Amérique Latine ou caribéenne (47%) et européenne (35%), avec un profil socio-économique plus élevé. Enfin, les contaminations des utilisateurs de drogues injectables touchaient surtout des personnes d’origine européenne (50%) et des hommes (88%).

  • Parmi les 2.009 sujets pour lesquels l’information était suffisamment disponible, 6,4% et 31,1% pouvaient être considérés sans ambiguïté comme infectés avant ou après migration, respectivement (documentation disponible et suffisante). Une fois pris en compte ceux pour lesquels la probabilité d’avoir contracté le virus après avoir migré était supérieure à 50%, les auteurs ont estimé la proportion des infections post-migration à 63%.

  • L’infection post-migration était supérieure chez les HSH (72%) et les utilisateurs de drogues injectables (75%) par rapport aux heterosexuels (58%) et aux femmes (51%). Elle était aussi plus fréquente chez les sujets d’origine européenne (71%) ou latino-caribéenne (71%) qu’africaine (45%).

  • Les différences de probabilités observées entre les différents pays participants étaient non significatifs après ajustement sur le mode de transmission et la durée de résidence dans le pays d’accueil.

  • Selon l’analyse multivariée, chez les femmes hétérosexuelles et les HSH, les facteurs associés au risque d’infection post-migration  étaient l’année de diagnostic ainsi que la durée de séjour et l’âge à l’arrivée dans le pays d’accueil. Parmi les HSH, le fait d’avoir un statut de demandeur d’asile ou de réfugié représentait un facteur protecteur par rapport à ceux d’origine européenne ou ayant un titre de séjour. Enfin, chez les hommes hétérosexuels, les deux principaux facteurs étaient la durée de séjour et l’année de diagnostic.

Limites

  • Les participants qui étaient volontaires pour répondre et étaient suivis par des services de soins n’étaient peut être pas représentatifs de l’ensemble de la population séropositive parmi la population migrante.

  • Le plus faible taux de réponse issues de femmes ou de personnes d’Afrique subsaharienne a sans doute modifié les résultats.

À retenir

Selon les données du réseau aMASE, 63% des migrants séropositifs dans les 5 précédentes années auraient contracté le VIH après avoir quitté leur pays d’origine. La probabilité d’être infecté était élevée quelle que soit la région d’origine. Plus la durée de résidence dans le pays était élevée, plus le sujet était jeune lors de son exil et plus le risque d’être infecté par le VIH était élevé. Selon l’orientation sexuelle, les auteurs évoquent différents facteurs pouvant expliquer ce sur-risque : environnement d’accueil, perception du risque, vécu de sa sexualité (notamment chez les HSH issus de pays homophobes…). L’ensemble de ces données favorise la compréhension des trajectoires d’infection et peut aider au développement de stratégies d’information et de dépistage.