Viande rouge et cancer : les autres enseignements de NutriNet-Santé


  • Caroline Guignot
  • Lecture critique
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À retenir

  • Le suivi prospectif médian de 4,1 ans de la cohorte NutriNet-Santé a mis en évidence un sur-risque global de cancer de 1,31 (HRa, p=0,01) et un sur-risque de cancer du sein de 1,83 (p=0,002), significatif avant comme après la ménopause (HRa de 2,04 et 1,79), pour les plus forts consommateurs de viande rouge, par rapport aux plus faibles. Le risque de cancer de la prostate n’était pas significatif.
  • Ces données confortent le soupçon plus général porté sur les propriétés cancérigènes de la viande rouge. Par rapport à la littérature, les données relatives à la viande transformée n’ont probablement pas été concluantes du fait de son faible niveau de consommation au sein de la cohorte NutriNet-Santé, dont l’hygiène de vie est meilleure et le niveau d’éducation plus élevé que le reste de la population française.

Pourquoi est-ce important ?

Afin de limiter le risque de cancer colorectal, l’IARC ( International Agency for Research on Cancer ) recommande de ne pas manger plus de 500 g par semaine de viande rouge, ni plus de 50 g par jour de viande transformée. Mais concernant les autres localisations tumorales, le risque cancérigène associé à ces aliments est moins connu : des données épidémiologiques et des méta-analyses ont rapproché la quantité de viande rouge consommée du risque de cancer du sein, chez les femmes pré- ou post-ménopausées ; la quantité de viande transformée pourrait aussi être associée avec le risque de cancer du sein après la ménopause. Les données de la littérature sont quant à elles contradictoires concernant le risque de cancer de la prostate. Par son important effectif (plus de 61.000 personnes), son suivi prospectif et la répétition des enquêtes alimentaires conduites au cours du suivi, NutriNet-Santé apporte un niveau de preuve solide.

Principaux résultats

  • Au cours du suivi, 1.609 cas de cancers ont été déclarés par les participants (51,7 ans au diagnostic), dont 544 cancers du sein (375 chez les femmes ménopausées), 222 cancers de la prostate et 120 cancers colorectaux (CCR). Les apports moyens en viande rouge et en viande transformée étaient de 42,9 g/j et de 19,1 g/j respectivement.
  • Par rapport à ceux appartenant au quintile de viande rouge consommée le plus faible, les plus forts consommateurs avaient un sur-risque global de cancer de 1,31 (HRa, p=0,01) et un sur-risque de cancer du sein de 1,83 (p=0,002), respectivement, une fois les données ajustées. Le sur-risque de cancer du sein était significatif avant et après la ménopause (HRa de 2,04 et 1,79).

Méthodologie

  • NutriNet-Santé est une cohorte prospective française constituée et suivie sur le web depuis 2009 qui cherche à étudier les relations entre alimentation et santé. Cette analyse a été conduite sur la base des données 2009-2015 de 61.476 personnes de plus de 35 ans qui avaient en moyenne répondu 4,5 fois à une enquête alimentaire complète sur 24 heures (nature et quantité de tous les aliments ingérés sur 1 journée tirée au hasard).
  • Les données de risque étaient ajustées sur l’âge, le sexe, l’IMC, l’activité physique, le tabagisme, les antécédents familiaux de cancer, le niveau d’éducation, le niveau de consommation de végétaux, de lipides, d’alcool et de calories ingérées.

Limitations

Le nombre de cas était insuffisant pour réaliser une analyse par sous-type tumoral.