VHB: au-delà de 5 années de traitement, le risque d’hépatocarcinome diminue

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Le traitement à long terme par les analogues nucléotidiques/nucléosidiques de première ligne (ténofovir, entécavir) offre aujourd’hui la capacité de contrôler le VHB. Malgré cela, le risque de progression vers l’hépatocarcinome persiste sous traitement. Le suivi de cohortes traitées étant généralement inférieur à 5 ans, il est difficile d’en tirer des facteurs prédictifs. Une étude multicentrique conduite au long cours vient de paraître dans Hepatology afin de disposer de nouveaux éléments sur cette question.

Méthodologie

  • L’étude a été conduite au sein de 10 centres européens participants (Grèce, Espagne, Allemagne, Italie, Pays-Bas et Turquie).

  • La cohorte recrutée devait rassembler des sujets caucasiens de 16 ans ou plus au moment de l’initiation du traitement, et qui devaient avoir reçu un traitement par ténofovir (TDF) ou entécavir (ETV) sur 12 mois ou plus avant décembre 2012. Les patients présentant une cirrhose décompensée, un hépatocarcinome ou une co-infection (VHC, VHD, VIH) étaient exclus.

  • La date d’inclusion correspondait à la date d’initiation du traitement par ETV et/ou TDF. Les données ont été analysées selon la durée de traitement et selon la durée de suivi disponibles pour chacun des patients. Les sujets considérés comme étant à risque d’hépatocarcinome au-delà de 5 ans étaient ceux qui avaient développé un cancer malgré un traitement de 5 années ou plus sous ETV et/ou TDF.

Résultats

  • La cohorte était composée de 1.951 patients d’âge moyen 53 ans (71% d’hommes). Parmi eux, 18% étaient HbeAg positif, 48% présentaient un taux d’ALT normal et 27% présentaient une cirrhose compensée. Ils avaient principalement bénéficié d’un traitement par TDF seul (42%), ETV seul (39%) ou TDF-lamivudine (17%).

  • La durée médiane de suivi a été de 82 mois et un suivi de 5 à 10 ans était disponible pour 1.205 (62%) des patients de la cohorte. Au total, 21 de ceux qui ont été suivis durant 5 ans ont présenté une perte de l’AgHBs et 35 parmi ceux ayant été suivis durant les 5 à 10 ans.

  • Durant les 5 premières années de traitement, 101 (5,2%) patients ont développé un hépatocarcinome, puis 17 (1,4%) dans les 5 à 10 ans suivant son initiation. Ainsi, le taux d’incidence annuel a été de 1,22% [IC95% : 1,00-1,48] durant les cinq premières années puis de 0,73% [0,45-1,18] au-delà. Tous les cas survenus au-delà des cinq premières années avaient touché des sujets de plus de 50 ans à l’inclusion.

  • Le taux d’incidence annuel était stable chez les sujets ne présentant pas de cirrhose (0,49% puis 0,47%). En revanche, il était de 3,22% puis de 1,57% pour ceux qui en souffraient à l’inclusion.

  • L’analyse multivariée a permis d’établir que les sujets développant un cancer au-delà des cinq ans présentaient à l’inclusion un âge plus élevé et un taux de plaquettes plus bas que les autres, tandis que la présence d’une cirrhose n’apparaissait pas comme facteur prédictif indépendant. La même analyse conduite à partir des caractéristiques des patients à 5 ans a montré que ces paramètres restaient prédictif du risque de cancer, associés cette fois à une valeur d'élasticité hépatique de 12 kPa ou plus.

  • Le score de risque PAGE-B ((Platelets, Age, Gender - hepatitis B) à l’inclusion apparaissait comme un bon facteur prédictif de survenue d’hépatocarcinome : aucun sujet ayant un score bas (<10) n’avait développé de cancer après 5 ans. À l’inverse, un score élevé (>17) était associé à une forte probabilité de cancer. Il en était de même pour le score PAGE-B mesuré à 5 ans de suivi : aucun de ceux ayant un score PAGE-B bas n’avait développé de cancer au-delà des 5 années. Le hazard ratio associé au risque d’hépatocarcinome était alors de 1,134 pour chaque augmentation du score d’une unité ([1,0-1,287], p=0,05).

Limites

  • Le diagnostic a été posé par différents praticiens et l’observance du rythme de suivi par les patients a pu varier. Ces facteurs ont pu influencer le moment exact du diagnostic dans l’histoire de la maladie.

  • L’étude a été conduite chez des sujets caucasiens et ne peut être généralisée à d’autres origines ethniques.

À retenir

Les données de cette étude confirme que l’incidence de l’hépatocarcinome diminue au-delà de 5 années de traitement par des antiviraux ayant une barrière génétique élevée. Une des hypothèses avancées par les auteurs serait que l’oncogenèse d’une partie des cancers diagnostiqués durant les 5 premières années aurait débuté avant le diagnostic d’hépatite et l’initiation du traitement. L’étude confirme aussi que les personnes VHB présentant une cirrhose non décompensée tirent un bénéfice du maintien des antiviraux, avec un taux d’incidence annuel de cancer qui est significativement réduit au-delà de cinq années de traitement. Le taux de plaquettes, par ailleurs, apparaît dans cette étude comme un facteur prédictif de sévérité de l’atteinte hépatique plus fiable que la cirrhose elle-même.