Vers un nouveau traitement des complications cardiovasculaires de l’insuffisance rénale chronique

  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Une des principales complications de l’insuffisance rénale chronique (IRC) est la calcification de la paroi des vaisseaux sanguins, contribuant au développement des complications cardiovasculaires de la maladie. Cette calcification est un processus complexe, comprenant une différenciation ostéochondrogénique des cellules musculaires lisses de la paroi vasculaire (VSMCs – vascular smooth muscle cells) ainsi que des dépôts calciques dans cette paroi. Une équipe française (CHU de Toulouse, de l’Inserm et de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier) a montré qu’elle est associée à des taux sériques anormalement élevés d’une protéine appelée calprotectine. De plus, elle a identifié une molécule inhibitrice de cette protéine. Leur travail 1 a été publié dans Science Translationnal Medicine.

Il a commencé par une étude observationnelle dans laquelle l’analyse protéomique, confirmée par des tests ELISA, du sérum sanguin de 112 patients espagnols et 171 patients français ayant une IRC a montré une association significative de taux élevés de calprotectine avec les événements cardiovasculaires et la mortalité survenus dans cette cohorte. Une autre étude observationnelle conduite sur une cohorte de 170 patients suédois ayant une IRC a montré que les taux élevés de calprotectine étaient associés à une forte calcification vasculaire. Chez les patients des trois cohortes observationnelles citées, les taux sériques élevés de calprotectine se sont révélés être un facteur indépendant de survenue d’événements cardiovasculaires et de décès.

In vitro, l’apport de calprotectine à des cultures de VSMCs primaires et de l’anneau aortique favorisait la calcification des parois vasculaires. En revanche, l’ajout de paquinimod, un inhibiteur de la calprotectine, empêchait l’effet calcificateur de celle-ci. Cette molécule diminuait également in vitro la calcification des VSMCs primaires induite par les sérums de patients urémiques. Elle empêchait la calcification vasculaire chez des souris ayant une IRC due à une néphrectomie partielle.

Pour les auteurs de ce travail 2, « cette étude translationnelle européenne offre des perspectives prometteuses pour améliorer la prise en charge des patients en insuffisance rénale et en dialyse en ciblant la calcification vasculaire. Elle représente une avancée majeure dans la compréhension de la physiopathologie de la calcification vasculaire liée à l’insuffisance rénale. Sur le plan médical, ces résultats ouvrent la voie à l’utilisation potentielle du paquinimod comme traitement, ce qui pourrait réduire la morbidité et la mortalité dues à des événements cardiovasculaires évitables chez les patients en insuffisance rénale ». Pour mémoire, actuellement la prévention et le traitement de ces événements passe essentiellement par le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire (diabète, hypercholestérolémie, tabagisme, surpoids).