Vers de nouveaux analgésiques sans effets secondaires ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Le traitement de la douleur est un enjeu de santé publique considérable. Actuellement, les médicaments les plus efficaces sont la morphine et ses dérivés, mais au prix de sérieux effets indésirables, dont l’addiction n’est pas le moindre : au moins 115 personnes décèdent chaque jour d’overdose aux États-Unis. Une approche alternative a été tentée il y a longtemps avec le recours aux enképhalines, qui ne se lient pas préférentiellement aux neuro-récepteurs mu (au contraire des opiacés), mais aux neuro-récepteurs delta, avec comme avantage théorique la réduction drastique des effets secondaires par rapport aux opiacés. Le problème est qu’elles sont métabolisées dans l’organisme en quelques minutes.

L’équipe de Patrick Couvreur (Institut Galien Paris-Sud – Université Paris-Sud/CNRS), en collaboration avec des chercheurs de l’Institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris (INSERM/Université Paris Descartes) et du laboratoire de neuropharmacologie de l’Université Paris-Sud/INSERM, vient de lever cette difficulté en associant une enképhaline, la leu-enképhaline (LENK), au squalène (SQ), un lipide naturel et biocompatible, la liaison s’établissant sous forme de nanoparticules. De plus, la méthode trouvée est simple et autorise plusieurs types de liaisons, permettant de moduler la libération de la LENK sur son lieu d’action.

Administré par voie intraveineuse, les nanoparticules de LENK/SQ ont un effet analgésique supérieur et plus long que celui de la morphine dans un modèle murin utilisant le test d’hyperalgésie de Hargreaves (stimulation nociceptive thermique).

Les chercheurs ont montré que non seulement les nanoparticules de LENK/SQ ne franchissaient pas la barrière hémato-encéphalique, mais qu’elles se fixaient spécifiquement au niveau de la zone douloureuse. Cette propriété permet d’éviter les effets secondaires centraux des opiacés. Enfin, aucune toxicité n’a été rapportée dans les modèles murins utilisés.

Pour l’équipe de Patrick Couvreur, cette découverte est « une avancée décisive dans le traitement de la douleur. » La simplicité de la méthode de production des nanoparticules fait envisager son application relativement rapidement en thérapeutique et sans doute pas seulement en analgésie, mais pour des traitements basés sur la délivrance de neuropeptides dans des zones bien localisées.