Végétarisme, véganisme et risque de maladie coronarienne et d’AVC

  • Tong TYN & al.
  • BMJ
  • 4 sept. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude prospective menée sur une large cohorte britannique montre que les personnes qui ne mangent pas de viande, mais mangent du poisson, ainsi que les personnes ayant adopté un régime végétarien ou végan auraient moins de risque de coronaropathie que ceux qui consomment de la viande. En revanche, les végétariens et végans auraient un risque d’AVC nettement supérieur aux consommateurs de viande et notamment d’AVC hémorragique. Même si certaines hypothèses sont émises, les mécanismes en jeu doivent encore être élucidés.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

Depuis quelques années de plus en plus de personnes font le choix du végétarisme ou du véganisme, pour de multiples raisons. Il était intéressant de savoir si ces diètes présentent des bénéfices santé. De précédentes études avaient suggéré que le risque de maladie coronarienne étaient moins fréquentes chez les sujets végétariens que chez les autres. En revanche, peu de données existent concernant les risques d’AVC. Compte tenu des résultats présentés, d’autres études sont maintenant nécessaires incluant les dosages notamment en vitamine B12, acides aminés, acides gras pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.

Méthodologie

Cette étude prospective a analysé les données de la cohorte britannique EPIC-Oxford, constituée d’une large proportion de sujets recrutés entre 1993 et 2001 ne mangeant pas de viande. Ces sujets ont été classés en 3 catégories en fonction de leur consommation alimentaire : les consommateurs de viande (qu’ils consomment ou non du poisson, des produits laitiers et des œufs, n=24.428), les consommateurs de poisson (mais pas de viande, n=7.506), et les végétariens ou végans (n=16.254). Cette classification a été réalisée à partir de données collectées à l’inclusion puis vers 2010, soit 14 ans plus tard. La survenue d’une maladie cardiaque ischémique ou d’un AVC a été notifiée jusqu’en 2016.

Principaux résultats

Au total, 48.188 sujets ont participé à cette étude. Ils ne présentaient pas d’antécédents de coronaropathie, d’AVC ou d’angor (ou de maladie cardiovasculaire). Durant les 18,1 ans de suivi, 2.829 cas de coronaropathie et 1.072 AVC ont été notifiés.

Quels sont les profils des différents groupes ? Globalement, les personnes ne consommant pas de viande étaient plus jeunes, d’un niveau socioéconomique plus faible mais plus éduqués que les consommateurs de viande. Les premiers étaient également moins souvent fumeurs, consommaient moins d’alcool et pratiquaient plus souvent une activité physique et prenaient moins souvent des compléments alimentaires que les seconds. Après ajustement aux données sociodémographiques et aux modes de vie, les mangeurs de poissons et les végétariens/végans avaient un risque de coronaropathie significativement inférieur par rapport aux mangeurs de viande, respectivement de 13% et 22%. L’ajustement sur les taux de cholestérol, la pression artérielle, la présence ou non d’un diabète et l’IMC a atténué ces résultats pour les végétariens (hazard ratio 0,90 [0,81-1,00]). 

En revanche, les végétariens auraient un risque d’AVC 20% supérieur à celui des consommateurs de viande (hazard ratio 1,20 [1,02-1,40]), principalement du fait d’une augmentation du risque des AVC hémorragiques. L’ajustement aux facteurs de risque de maladie n’a pas atténué ces résultats.

Ces résultats pourraient être dus à un IMC inférieur, une proportion moins importante de personnes hypertendues ou ayant des taux de LDL-c et non-HDL-c élevés ou un diabète chez les personnes qui ne consomment pas de viande. De précédentes études randomisées avaient montré qu’une diminution de 1 mmol/L des taux de LDL-c augmentait le risque d’AVC hémorragique de 21%, ce qui semble cohérent avec les données présentées ici.

Principales limitations

Les habitudes alimentaires étaient auto-déclarées et les modifications des modes alimentaires durant le suivi n’ont pas été recueillies.