Vaccins COVID-19 et effet thrombotique : quel mécanisme et quelle prise en charge ?

  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Un comité scientifique temporaire (CST) a été créé afin d’analyser les thromboses rares atypiques observées chez des personnes vaccinées contre le SARS-CoV-2. Il s’est déjà réuni à 3 reprises et a publié la synthèse de ses analyses.

Quel est le mécanisme de ces thromboses ?

Après analyse des données actuellement disponibles, les experts du CST considèrent que « l’hypothèse la plus vraisemblable concernant l'apparition de ces thromboses atypiques, de par leurs localisations et leur pronostic plus sévère, est une réaction auto-immune liée à la présence d’anticorps dirigés contre une protéine des plaquettes (le facteur plaquettaire 4/FP4). L’origine de cette réaction auto-immune chez certaines personnes vaccinées est encore inconnue, mais un rôle du vecteur adénoviral est à ce stade une hypothèse retenue ».

On peut noter que ce type de thromboses atypiques n’a pas été rapporté avec les vaccins à ARN.

Certaines personnes sont-elles plus à risque ?

Pour le moment, il n’a pas été identifié de population présentant un risque majoré de thromboses rares atypiques post-vaccination.

Quid du rapport bénéfice-risque des vaccins à vecteur adénoviral ?

Compte tenu de la circulation actuelle du virus SARS-CoV-2 en France et du bénéfice important apporté par ce vaccin dans les populations les plus âgées, les experts du CST considèrent que la balance bénéfice/risque individuelle des vaccins à plateforme adénovirale reste positive tels qu’ils sont utilisés en France, chez les personnes de plus de 55 ans. En revanche, ils émettent des réserves quant à l’utilisation de ce type de vaccin chez les plus jeunes car le bénéfice individuel attendu est plus limité au vu du risque de thrombose.

Concernant le vaccin Janssen, les informations sur le risque de thromboses rares atypiques sont moins nombreuses que pour le vaccin Vaxzevria (AstraZeneca), son utilisation étant plus récente. La spécificité du schéma à une seule injection méritera d’être prise en compte si l’utilisation de ce vaccin devait évoluer.
 

Quelle prise en charge ?

Dans les jours suivant une injection de vaccin à vecteur adénoviral (AstraZeneca ou Janssen), les professionnels de santé doivent être attentifs aux signes et symptômes évocateurs de thrombose, associée ou non à une thrombopénie, afin de réaliser les examens biologiques et d’imagerie adéquats pour une prise en charge la plus précoce possible.

Les professionnels de santé doivent garder à l’esprit que ces thromboses rares atypiques ont été observées de 4 à 28 jours après la vaccination et se caractérisent par :

  • Thrombose veineuse et/ou artérielle (quelle que soit la localisation) associée à une diminution des plaquettes (< 150 G/L),
  • Thromboses veineuses et/ou artérielles de siège inhabituel (localisation, contexte clinique, éventuellement multi-sites, parfois successives), en particulier thrombose veineuse cérébrale et thrombose veineuse splanchnique.

Ainsi, il est important d’informer les patients de la nécessité de consulter rapidement un médecin en cas d’effets indésirables persistants au-delà de 3 jours, de type vertiges, maux de tête, troubles visuels, nausées/vomissements, essoufflement, douleurs aiguës dans la poitrine, l'abdomen ou les extrémités, ou en cas d’ecchymoses cutanées (pétéchies) au-delà du site de vaccination.

En cas de diagnostic d’une thrombose atypique chez une personne vaccinée, un traitement anticoagulant par des alternatives à l’héparine doit être privilégié en raison des réactions similaires connues de l’héparine avec le facteur plaquettaire 4. 

Une recherche de la présence dans le plasma d’anticorps anti-FP4 devra être réalisée en parallèle, de préférence par un test ELISA adapté.