Vaccination VHB et risque de SEP : nouvelle analyse des données historiques françaises

  • Mouchet J & al.
  • Vaccine
  • 3 avr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Avant 2001, 624 cas de démyélinisation centrale ont été notifiés à la pharmacovigilance française, dont 422 ont été confirmés comme des cas de sclérose en plaques (SEP). L’analyse détaillée de ces évènements met en évidence une hétérogénéité du délai et de la fréquence des notifications selon l’année considérée. Le ratio entre le nombre de cas déclarés et ceux attendus qui a été déterminé n’était pas suffisant pour conclure concernant une potentielle association entre la vaccination et la survenue de la maladie. Cette association, si elle existe, reste donc faible. Par ailleurs, l’expérience française de vaccination de masse de 1997 a été une période critique, liée à l’échappement de la campagne de ses objectifs initiaux, et a engendré une défiance qui a nourri celle qui s’est progressivement installée concernant la vaccination dans sa globalité. Ces deux conclusions portent les auteurs à soutenir les préconisations d’une vaccination ciblant les enfants et élargie aux personnes à risque dans les pays présentant une faible incidence de SEP.

Rappels historiques

En 1994, une campagne de vaccination contre l’hépatite B était mise sur pied par le ministère de la santé, qui ciblait nouveaux-nés, enfants et sujets à risque. Le vaccin a alors été bien plus largement prescrit à toute une frange adulte de la population, dont l’âge correspondait à celui connu pour être à risque de démyélinisation, soit près de 20 millions de personnes. En 1996, soit moins de 2 années plus tard, 249 cas de démyélinisation avaient été notifiés après injection du vaccin. Une polémique largement médiatisée a ensuite émergé en France et a mené les autorités et certains auteurs à mieux investiguer les cas, afin de déterminer l’existence d’une éventuelle causalité. Plusieurs études ont déjà été publiées concernant cette première période, mais elles présentaient différentes limitations, notamment celle de ne pas couvrir l’ensemble de la période critique. L’étude présentée ici visait à passer en revue l’ensemble des cas notifiés à la pharmacovigilance jusqu’en décembre 2000 et d’en déduire le ratio entre les cas déclarés et ceux attendus sur cette période (D/A).

Méthodologie

Toutes les données de pharmacovigilance relatives au vaccin VHB depuis sa commercialisation jusqu’à fin décembre 2000, où les autorités sanitaires concluaient à l’exclusion d’un fort risque mais à l’impossibilité d’exclure l’existence d’un risque faible d’atteintes démyélinisantes associées au vaccin contre l’hépatite B. Deux types d’analyse ont été menés afin de calculer le ratio D/A : la première utilisait le nombre total de personnes exposées au vaccin durant la période concernée, l’autre celui des personnes vaccinées à risque (durant le mois suivant une injection, reconnu comme étant le plus à risque).

Principaux résultats

  • Sur la période analysée (1981-fin 2000), 86.622.362 doses de vaccin ont été vendues et 624 cas de démyélinisation centrale ont été notifiés, dont 422 (67,6%) ont été confirmés comme de premiers épisodes de SEP. Les âges médian et moyen des sujets concernés étaient compris entre 29 et 30 ans, avec un sex ratio F/H de 2,7.

  • Tous les cas notifiés avant 1990 étaient bien confirmés comme étant des cas de SEP, contre 46,9% de ceux notifiés entre 1998 et 2000.

  • Le délai médian de survenue après vaccination était de 74 jours et 46,3% des cas avaient eu lieu après la dose de rappel (schéma recommandé jusqu’en 1994 : 3 injections puis un rappel à 12 mois).

  • Le taux de notification moyen était de 6,5 pour 1 million de doses, et était maximum sur les années 1987, 1997 et 1998 (entre 10,5 à 14,7 pour 1 million de doses), avec un délai de notification nettement allongé après 1995.

  • Le ratio D/A, compris entre 30,8 et 35,2% selon le modèle d’analyse choisi, ne permettait pas de conclure quant à l’association entre la vaccination et la survenue de SEP.