Vaccination : Les questions les plus fréquentes en consultation. Comment y répondre? (1 sur 2)

  • 19 nov. 2019

  • Actualités Médicales
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Question 1 : Pourquoi a-t-on peur des vaccins contre les HPV en France ? voir réponse >

Question 2 : Faut-il avoir peur des sels d’aluminium contenus dans les vaccins ? voir réponse >

Question 3 : Pourquoi vacciner les nourrissons si tôt après la naissance ? voir réponse >

Question 4 : Le vaccin contre la grippe est-il efficace ? voir réponse >

Question 5 : Comment expliquer cette nouvelle épidémie de rougeole ? voir réponse >

Question 6 : La vaccination est-elle un facteur de risque ou de protection contre la mort inattendue du nourrisson ? voir réponse >

 

Question 1 : Pourquoi a-t-on peur des vaccins contre les HPV en France ?

Réponse:

La médiatisation d’effets indésirables initialement attribués aux vaccins contre les papillomavirus humains (HPV) a eu de fortes conséquences sur la couverture vaccinale dans différents pays : au Japon (chute de 70 % à 1 %), au Danemark (de 90 % à 40 %) mais aussi en France (de 30 % à 20 %). (1) Parallèlement, la couverture vaccinale des jeunes filles est supérieure à 80 % dans de nombreux autres pays (Portugal, Royaume-Uni, Norvège, Suède, Islande…). Certains pays (Australie, Etats-Unis, Italie, Canada…) vaccinent également tous les jeunes hommes, pour des raisons épidémiologiques et éthiques.

 

En France, la controverse sur le lien supposé entre vaccination anti-HPV et maladie auto-immune a débuté en 2013 avec la survenue d’un cas de sclérose en plaque 2 mois après vaccination. En 2015, le Tribunal de grande instance de Paris a classé l’enquête sans suite, considérant qu’il n’y avait pas de lien de causalité direct avec le vaccin anti-HPV. Une étude prospective initiée après commercialisation des vaccins a été conduite en France et n’a pas montré d’association entre maladies auto-immunes et vaccination anti-HPV. (2) L’ANSM et l’Assurance maladie ont également mené une étude observationnelle auprès de 2,2 millions de jeunes filles âgées de 13 à 16 ans. (1)Les résultats n’ont pas mis en évidence d’augmentation significative du risque de survenue d’une maladie auto-immune (sclérose en plaque, polyarthrite rhumatoïde, diabète de type 1…) après vaccination. Néanmoins, une association faible mais statistiquement significative a été relevée pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et le syndrome de Guillain-Barré. Par la suite, plusieurs études de grande ampleur ont été conduites au Royaume-Uni (10,4 millions de doses administrées) et aux Etats-Unis (60 millions de doses et 2,7 millions de doses) : aucune association entre les vaccins anti-HPV et le syndrome de Guillain-Barré n’a été retrouvée.

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a relevé aucune preuve d’un lien causal entre la vaccination et la survenue d’une maladie auto-immune. « L’ensemble des données disponibles montre donc que les effets indésirables graves allégués des vaccins contre les HPV ne sont pas validés scientifiquement. »

 

En 2018 en France, 2 920 cancers du col de l’utérus ont été diagnostiqués et 1 117 femmes sont décédées. (3)

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Question 2 : Faut-il avoir peur des sels d’aluminium contenus dans les vaccins ?

Réponse:

Les sels d’aluminium sont parmi les adjuvants les plus utilisés dans le monde, avec un recul d’utilisation de près de 100 ans et des centaines de millions de doses injectées. (4,5) Pour la majorité des vaccins inactivés ou sous-unitaires, ils sont indispensables afin de déclencher une réponse immunisante. (5) Les données disponibles à ce jour à l’échelle internationale ne permettent pas de remettre en cause la sécurité des vaccins contenant de l’aluminium. (6-8)

 

L’aluminium est le métal le plus abondant sur terre. (7) Nous en ingérons 3 à 5 mg chaque jour par voie orale. La quantité d’aluminium apportée par un vaccin est faible, comprise entre 0,2 à 0,5 mg et jamais plus de 0,85 mg. Pour information, la quantité maximale de sels d’aluminium fixée par la réglementation européenne est de 1,25 mg par dose. (4,7)

 

Une équipe française a investigué le lien entre « myofasciite à macrophage » (lésion au site d’injection d’un vaccin contenant de l’aluminium) et l’existence de symptômes de type fatigue/douleurs ou de troubles cognitifs : l’analyse des résultats ne permet pas de démontrer l’existence d’un lien entre la lésion histologique et les manifestations cliniques. (7) Autre polémique, la neurotoxicité de l’aluminium : celle-ci n’existe que pour des intoxications massives aigües ou des expositions chroniques à fortes doses. (4)Dans les conditions habituelles d’exposition, aucune toxicité neurologique imputable à l’aluminium provenant de l’alimentation ou des adjuvants n’a été mise en évidence.

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Question 3 : Pourquoi vacciner les nourrissons si tôt après la naissance ?

Réponse:

Les maladies contre lesquelles les nourrissons sont vaccinés peuvent avoir des conséquences particulièrement graves, voire mortelles, à ce jeune âge : méningites à pneumocoque, à Haemophilus influenzae ou à méningocoque, encéphalites liées à la rougeole… (9)Il est donc indispensable de vacciner le nourrisson dès que possible, avant qu’il ne rencontre ces maladies potentiellement graves.

 

La vaccination renforce le système immunitaire encore fragile du jeune enfant et lui permet de se protéger contre ces pathologies. Les anticorps transmis par la mère pendant la grossesse ou l’allaitement ne suffisent pas pour le protéger durablement et contre toutes les maladies infectieuses. La plupart des nourrissons ne sont par exemple pas protégés contre la coqueluche pendant leurs premiers mois de vie, certainement en raison du peu d’anticorps transférés par la mère. (10) Pour cette raison, la revaccination des mères pendant la grossesse est recommandée dans de nombreux pays (mais pas en France en 2019). (11)

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Question 4 : Le vaccin contre la grippe est-il efficace ?

Réponse:

Les virus grippaux évoluent rapidement et en conséquence, la composition du vaccin contre la grippe est réactualisée chaque année. (12,13) Pour cela, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie en début d’année la composition des vaccins avec les souches les plus susceptibles de circuler en fin d’année, lors de l’épidémie hivernale suivante. (13,14) Le vaccin contre la grippe sera d’autant plus efficace que les types de virus choisis sont proches des souches qui vont effectivement circuler. (13) L’efficacité du vaccin peut donc varier d’une année à l’autre. (12) Néanmoins, il n’existe pas de meilleure protection contre cette maladie potentiellement grave.

 

Pour les personnes qui pensent avoir eu la grippe malgré une vaccination, soit il s’agissait bien d’une grippe et le vaccin n’a pas été complétement efficace, soit il s’agissait d’une autre infection virale dont les symptômes ressemblaient à ceux de la grippe (virus respiratoire syncytial, métapneumovirus, rhinovirus …). (13,15)

 

Si la vaccination ne permet pas toujours d’éviter la maladie, elle réduit le risque de complications graves ou de décès. Près de 2 000 décès seraient ainsi évités chaque année en France. (12)

 

Des données récentes montrent également que ce vaccin pourrait être efficace dans la prévention des affections cardio- et neuro-vasculaires. (12,16)

 

La vaccination contre la grippe doit être faite chaque année, les souches virales pouvant différer d’une année à l’autre et le vaccin ayant une efficacité limitée dans le temps. (17) Chez les personnes âgées plus sujettes à une immunosénescence, l’immunité dure entre 6 et 8 mois. (17,18)

 

A noter, le vaccin ne contient qu’une fraction inactivée du virus et ne peut donc pas provoquer la grippe. (13) Des effets indésirables bénins (fièvre, douleurs articulaires ou musculaires…) peuvent survenir chez 5 % à 10 % des sujets vaccinés et disparaissent sans traitement. (17)

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Question 5 : Comment expliquer cette nouvelle épidémie de rougeole ?

Réponse:

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait pour objectif d’éliminer la rougeole par la vaccination entre 2012 et 2020 dans 5 de ses 6 grandes régions qui découpent le monde. (19) Au lieu de cela, les foyers épidémiques sont en recrudescence, y compris dans des pays qui avaient éliminé la maladie. Et ce pour plusieurs raisons : manque d’accès aux soins, conflits et déplacements de populations, ou plus trivialement désinformation autour des vaccins et manque d’éducation sur l’intérêt de la vaccination. Pourtant, le vaccin antirougeoleux bénéficie d’un recul d’utilisation de plus de 50 ans : il est sûr, efficace et peu onéreux. (20)

 

En Europe, près de 90 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués au cours des six premiers mois de l’année 2019, soit autant que pour toute l’année 2018. (20) En France, le virus continue de circuler, avec plus de 850 cas entre janvier et mai 2019, mais de façon moins intense qu’en 2018 (27 500 cas annuels). (21,22)

 

En France, une grande majorité des cas de rougeole (89 % en 2018) sont survenus chez des sujets non ou mal vaccinés. (21) La couverture vaccinale vis-à-vis de la rougeole reste insuffisante. (23) Même si elle s’améliore à l’âge de 2 ans, elle n’atteint pas les 95 % nécessaires à l’élimination de la maladie. Il reste un réservoir de sujets réceptifs suffisant pour maintenir la transmission du virus, en particulier dans la population des jeunes adultes. (22)

 

La rougeole est l’une des maladies infectieuses les plus contagieuses : un sujet contaminé peut infecter entre 15 et 20 personnes, contre 1 à 3 personnes pour la grippe. (24) Avant l’introduction de la vaccination, on enregistrait d’importantes épidémies tous les 2-3 ans. (19) Aujourd’hui, la rougeole est une maladie qui peut être éradiquée par la vaccination. (24) Deux doses sont nécessaires : 5 à 10 % des personnes ne répondent pas à la première dose, mais au moins 90 % de celles-ci répondent à la seconde.

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Question 6 : La vaccination est-elle un facteur de risque ou de protection contre la mort inattendue du nourrisson ?

Réponse:

La vaccination n’est pas responsable de la mort inattendue du nourrisson (MIN), au contraire certaines études montrent qu’elle pourrait même avoir un effet protecteur. (25) Ainsi, dans une méta-analyse s’appuyant sur plusieurs études de cas-témoins, aucun lien de causalité entre vaccination et MIN n’a été démontré, la vaccination ayant plutôt un effet protecteur (Odds Ratio, OR multivarié : 0,54 [IC 95% ; 0,39-0,76]). (26)Plusieurs explications sont possibles :

- La vaccination peut éviter la survenue d’une coqueluche, qui contribue à la MIN ;

- La vaccination peut avoir un effet non spécifique et induire une immunité contre différents agents pathogènes impliqués dans les MIN ;

- La vaccination est indirectement un marqueur de bonne santé du nourrisson, les médecins préférant reporter la vaccination en cas de problème de santé. (25)

 

La polémique d’un lien supposé entre vaccination et MIN est apparue dans les années 1970 après l’introduction du premier vaccin tétravalent dTPca, qui a coïncidé avec l’habitude de coucher les nourrissons sur le ventre. Les MIN ont très fortement diminué dans les années 1990 avec les campagnes de prévention qui incitaient à coucher les bébés sur le dos, avec une meilleure literie.

 

Les facteurs de risque de MIN sont : la position ventrale de sommeil, l’utilisation de couette et de couverture, le tabagisme parental, une température élevée dans la chambre et le partage de lit.

La MIN est la première cause de mortalité entre le 27e jour de vie et l’âge de 1 an (300 décès par an), avec un pic d’incidence entre 2 et 4 mois, ce qui correspond à l’âge des premières vaccinations. A noter, si la mort inattendue du nourrisson reste inexpliquée après autopsie, examens toxicologiques et radiologiques, on parle alors de mort subite du nourrisson.

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Article écrit par Marie Torre