Vaccination anti-SARS-CoV-2 : Bilan, perspectives et inconnues sur les prochaines semaines

  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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L’évolution de la couverture vaccinale et celle de l’épidémiologie du COVID-19 a incité les pouvoirs publics à engager un assouplissement des mesures actuelles dès le 19 mai 2021. La situation est toutefois délicate. L’équilibre entre progression de la vaccination et circulation du virus, ainsi que de ses variants, reste fragile. Le 6 mai 2021, l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes a fait le point sur la vaccination et l’enjeu des prochaines semaines.

La modélisation de l’épidémie, qu’a présentée Simon Cauchemez de l'Institut Pasteur, permet de voir que si les mesures de déconfinement sont trop rapides par rapport à la situation, le rebond épidémique pourrait être très élevé, comme cela a été observé au Chili. En effet, la couverture vaccinale actuelle n’est pas suffisante pour limiter le phénomène si la reprise d’une activité normale se fait rapidement. Par ailleurs, les conditions climatiques peuvent modifier l’équation, sans que l’on sache parfaitement avec quelle ampleur. Il s’agit donc de rester très prudent d’ici à l’été.

Où en est la vaccination et l’offre vaccinale ?

Au 6 mai 2021, plus de 14 millions de français ont reçu au moins une dose de vaccin et 5,5 millions deux doses. La vaccination de la population devrait s’accélérer : la vaccination des jeunes de 16 à 17 ans à haut risque de formes graves de COVID-19 a été lancée ce même jour, complétant ainsi celle des 18 à 55 ans à risque. Par ailleurs, la vaccination de tous les plus de 50 ans démarre le 10 mai et la vaccination sans limite d’âge en cas de doses disponibles sera possible dès le 12 mai.

Les pouvoirs publics tablent sur l’atteinte d’une immunité collective à la rentrée. D’ici là, l’offre vaccinale va s’étoffer avec l’arrivée dans les deux prochains mois de deux vaccins sous-unitaires avec adjuvant du laboratoire Novavax puis de Sanofi, un type de vaccin similaire à celui utilisé pour la grippe saisonnière. Par ailleurs, une dizaine d’autres vaccins sont encore en développement.

Aujourd’hui, on observe bien une chute de la mortalité en maisons de retraite et en Ehpad, ainsi qu’une nette diminution des cas chez les professionnels de santé. Malgré l’arrivée du variant britannique en France, on observe également une relative diminution des hospitalisations des plus âgés. En revanche, le nombre des sujets de plus de de 80 ans vaccinés stagne, tandis que ce chiffre continue à progresser chez les septuagénaires. Le plateau rencontré chez les plus âgés « tient sans doute à des questions d’isolement et de déplacement » reconnaît Alain Fischer, président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale anti-Covid. Une coordination entre leur recensement au niveau des mairies, les médecins traitants et les infirmières pourrait aider à résoudre ces dernières difficultés.

Quelles incertitudes face aux variants ?

Tous les vaccins disponibles ou en développement sont dirigés contre la protéine de spicule S. Plus le virus circule, plus le risque d’émergence de variants augmente. Celle-ci est initialement aléatoire, mais à mesure que la population développe des anticorps anti-protéine S (après infection ou après vaccination), le risque de mutation de cette cible s’accroît. C’est ainsi que sont apparues les mutations K417, N501 ou E484.

Les données actuelles suggèrent que le variant britannique (mutation N501) est plus contagieux que le virus initial, mais répond aux anticorps naturels ou vaccinaux. En revanche, le variant sud-africain (E484K) y échapperait dans des proportions variables selon le vaccin : d’après des données de laboratoires, les anticorps issus des vaccins à ARNm n’ont qu’une diminution modeste d’efficacité, tandis que la neutralisation par ceux issus de la vaccination à adénovirus serait significativement impactée. En vie réelle, les données sont insuffisantes en France, mais celles provenant d’essais cliniques conduits dans les pays largement touchés par ces variants évoquent une efficacité clinique de 22% pour le vaccin AstraZeneva et de 49% pour le vaccin Novavax. Une étude récente menée au Qatar, où le variant sud-africain circule largement, rapporte une efficacité de 70% du vaccin à ARNm Pfizer [1]. Le variant indien, pour sa part, contient une mutation E484Q mais il est encore non établi si celle-ci conduit à un échappement immunitaire. Enfin, le variant brésilien serait voisin du sud-africain.

Brigitte Autran, membre du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale anti-Covid, a commenté: « ces vaccins ont certainement une efficacité diminuée sur la prévention de l’infection et des formes modérées de la maladie, mais les données ne sont pas claires vis-à-vis des formes sévères. » Mais « aujourd’hui, les firmes sont en train de produire de nouveaux vaccins qui prennent en compte la protéine S mutée correspondant au variant sud-africain et les premiers essais cliniques ont été lancés. À terme, on peut imaginer que l’on ait à changer de vaccin ou à associer les différents produits dans un seul vaccin, comme pour la grippe ». De nouvelles formulations seront en revanche plus difficiles à mettre au point rapidement pour les vaccins basés sur des virus inactivés.

Les données de suivi et les essais cliniques permettront de savoir s’il sera nécessaire de recourir à une injection de rappel au cours de l’automne. À cette période, la vaccination contre la grippe ne devra pas être négligée a insisté Alain Fischer car « la grippe a moins circulé ces deux dernières années, ce qui engendre le risque d’une moins bonne immunité et donc des formes de grippe dont la gravité pourrait être supérieure ». À terme, il n’est pas exclu que la les vaccins contre la grippe et le COVID-19 soient couplés.