Vaccin Janssen : les données de phase 3 montrent une bonne efficacité contre certains variants

  • Aude Lecrubier

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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France — Alors que l’administration du vaccin à dose unique Janssen de l'américain Johnson & Johnson (Ad26.COV2.S) démarre lentement en France à raison de 400.000 doses livrées en avril, 1,8 millions attendues pour mai puis 7,4 millions pour juin, les premiers résultats de l’essai randomisé de phase 3 ENSEMBLE sont enfin publiés dans le NEJM [1].

Il en ressort que le vaccin à adénovirus recombiné humain Ad26.COV2.S protège contre le Covid-19 symptomatique et est particulièrement efficace contre les formes graves de la maladie, y compris l'hospitalisation et le décès, et ce notamment dans les pays où les variants considérés comme relativement résistants à l’immunisation prédominent comme l’Afrique du Sud ou le Brésil. Le niveau de sécurité du vaccin est similaire à celui décrit dans les essais de phase 3 avec les autres vaccins anti-Covid-19.

Près de 40 000 participants notamment en Afrique du Sud et au Brésil 

L’essai pivot, randomisé, réalisé en double aveugle, contrôlé par placebo est en cours pour une durée de 2 ans en Argentine, au Brésil, au Chili, en Colombie, au Mexique, au Pérou, en Afrique du Sud et aux États-Unis.

Les participants, tous SRAS-CoV-2 négatifs, ont été enrôlés du 21 septembre 2020 au 22 janvier 2021. Ils ont été randomisés pour recevoir soit une dose du vaccin à adénovirus humain (n=19 630), soit un placebo (solution saline, n=19 691). Ils ont été suivis en moyenne 58 jours et au moins 8 semaines pour 55% d’entre eux.

Après ajustement, le vaccin a présenté une efficacité contre l’infection à Covid-19 modérée à sévère apparaissant au moins 14 jours après l’injection de 66,9% (116 cas dans le groupe vaccin contre 348 dans le groupe placebo ; IC 95% : 59,0 à 73,4) et de 66,1% au moins 28 jours après l'administration (66 vs 193 cas ; IC ajusté à 95%, 55,0 à 74,8).

L'efficacité du vaccin était plus élevée contre le Covid-19 sévère, soit 76,7% [IC95% :54,6 à 89,1] pour un début à ≥ 14 jours et 85,4% [IC 95% : 54,2 à 96,9] pour un début à ≥ 28 jours.

Des données préliminaires sur 2650 participants semblent indiquer que l’efficacité contre les formes asymptomatiques de la maladie est de 65,5%.

Globalement, aucune différence significative n'a été observée en fonction du sexe, de l’âge, de la présence de comorbidités ou de l’origine ethnique.

Ce vaccin est-il moins efficace que les vaccins ARNm ?

À cette question, les chercheurs répondent que l’essai a été mené pendant une période d'incidence très élevée d'infection par le SRAS-CoV-2. Or, une incidence plus élevée de la maladie serait associée à une plus faible efficacité du vaccin[2,3,4]. « Cette situation, combinée à l'émergence de variants viraux, empêche la comparaison avec les autres essais vaccinaux », soulignent-t-ils.

Efficacité contre les variants sud-africain et brésilien P2

En Afrique du Sud, 86 cas sur 91 (94,5%) se sont révélés être du variant « Sud-Africain » 20H / 501Y.V2. Et, bonne nouvelle, le vaccin s’est avéré efficace, bien qu’un peu plus faiblement, contre un début de maladie Covid-19 modéré à sévère dans les 14 jours et 28 jours minimum après l’injection, avec des chiffres de 52% et 64%, respectivement. L'efficacité contre le Covid-19 sévère était de 73,1% et 81,7%, respectivement.

En Afrique du Sud, aucune hospitalisation de participants Covid+ n'est survenue dans le groupe vacciné pendant les 28 jours après l’injection, contre 6 hospitalisations dans le groupe placebo. Les cinq décès liés au Covid-19 dans l'essai sont survenus dans le groupe placebo en Afrique du Sud.

Chez les participants brésiliens, le variant P.2 porteur de la mutation E484K a été identifié dans 62% des cas, mais là aussi, les chercheurs rapportent que le vaccin a conservé une bonne efficacité.

Une des explications à la conservation de l’efficacité du vaccin sur les variants pourrait venir de l'activité anticorps Fc-médiée induite par le vaccin et de l’immunité cellulaire T, selon les auteurs.

Pas de signal de sécurité observé dans l’essai

Les principales données de sécurité ont porté sur une sous-population de 3356 participants dans le groupe vacciné et de 3380 personnes dans le groupe placebo. Au cours des 7 jours suivant l'administration du vaccin ou du placebo, davantage d'événements indésirables ont été signalés par les receveurs d'Ad26.COV2.S que par les receveurs du placebo et davantage par les participants âgés de 18 à 59 ans que par ceux âgés de 60 ans ou plus. Dans le groupe vacciné, la douleur au site d'injection était la réaction locale la plus fréquente (chez 48,6% des participants); les réactions systémiques les plus fréquentes étaient les céphalées (chez 38,9%), la fatigue (chez 38,2%), la myalgie (chez 33,2%) et les nausées (chez 14,2%).

Dans la liste des effets indésirables survenus plus fréquemment dans le groupe vacciné versus placebo (cette fois sur le nombre total de participants, ≈ 40 000), les chercheurs ont rapporté : 6 thromboses veineuses profondes versus 2 ; 4 embolies pulmonaires vs 1 ; 1 thrombose du sinus transverse vs 0 ; 4 crises d’épilepsie vs 1 ; 6 cas d’acouphènes vs 0.

L’incidence des effet secondaires ≥ grade 3 (hors covid) était similaire dans les deux groupes (0,4%).

Aussi, sur les ≈ 40 000 participants, sept patients du groupe « vacciné » ont déclaré des événements indésirables graves pouvant être considérés comme liés au vaccin versus 2 patients dans le groupe placebo, selon les chercheurs. Chez les personnes vaccinées sont survenus un syndrome de Guillain-Barré, une péricardite, une névrite (radiculite brachiale), une hypersensibilité, deux paralysies de Bell, un syndrome post-vaccination. Les deux patients ayant reçu le placebo ont été victimes d’une thrombose veineuse profonde pour l’un et d’une infection par le virus Epstein-Barr associée à un flutter atrial pour l’autre.

En tout, trois décès sont survenus dans le groupe vaccin (aucun n'était lié au Covid-19) et 16 dans le groupe placebo (5 étaient liés au Covid-19).

Les chercheurs concluent leur papier en soulignant l’efficacité du vaccin notamment contre les formes sévères de la maladie et dans les pays où les variants d’intérêts sont présents. Ils ajoutent que l’administration en dose unique et les conditions de stockage favorables de ce vaccin (jusqu’à 2 ans au congélateur et 3 mois au réfrigérateur) « offrent des avantages majeurs pour son déploiement dans le monde entier ».

L’étude a été financée notamment par Janssen.

Cet article a initialement été publié sur le site Medscape.