Usutu, le nouvel arbovirus émergent

  • Clé M & al.
  • Med Sci (Paris)

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Connu pour entraîner une mortalité aviaire importante, le flavivirus Usutu (USUV) est une zoonose qui a aussi été retrouvée chez l’homme. Il peut être responsable de méningites ou de méningo-encéphalites, mais le spectre symptomatique pourrait être plus large. Un article parue dans Médecine Sciences fait le point sur les connaissances sans cesse croissantes accumulées sur ce virus.

Description du virus Usutu et cycle naturel

  • Le virus Usutu tire son nom de la rivière africaine du même nom, au Swaziland. Il fait partie des flavivirus, aux côtés du virus de la dengue, du West Nile virus ou du virus Zika. Ce virus enveloppé à ADN simple brin se réplique dans le cytoplasme des cellules infectées. Son tropisme est essentiellement nerveux.

  • Le cycle naturel du virus Usutu passe par les oiseaux strigiformes et passériformes (faucon crécerelle, fauvette grisette, pie bavarde, merle noir, moineau domestique…). La dissémination européenne depuis le territoire africain a été facilitée par les espèces migratrices. De nombreuses espèces de moustiques peuvent être vectrices du virus, comme Aedes albopictus ou Anopheles maculipennis, mais c’est principalement Culex pipiens, qui est impliqué dans sa propagation européenne, capable de piquer à la fois les oiseaux et l’homme. Fin 2015, on estimait que 1% des individus de cette espèce étaient infectés en Camargue.

  • L’homme et le cheval sont des hôtes accidentels, ainsi que certaines espèces sauvages (sanglier, chevreuil, mouflon…).

  • Le virus, identifié en 1959, a été détecté dans plusieurs pays africains puis, pour la première fois, en 2001 en Autriche. Il a été recensé rétrospectivement en Italie à partir des années 1990. En France, Usutu a été mis en évidence pour la première fois en 2015 à l’occasion d’un pic de mortalité des merles noirs.

  • Outre la réintroduction à l’occasion des mouvements de migration aviaire, la persistance du virus en Europe est favorisé par un cycle de transmission local.

Le virus Usutu et l’homme

  • Le premier cas humain d’infection à Usutu a été décrit en République centrafricaine en 1980 puis au Burkina en 2004, à type d’ictère fébrile et d’éruption cutanée.

  • Les premiers cas européens ont été identifiés en Italie en 2008-2009, puis en Croatie. Au total, 26 patients ont été recensés en Europe jusqu’à présent, dont un premier cas français identifié en 2016 et 2 sujets sains identifiés chez des donneurs de sang. Les manifestations étaient à type de méningites ou de méningo-encéphalites. Le cas français présentait une paralysie faciale unilatérale a frigore. Pour la plupart, les cas ont été recensés chez des sujets immunodéprimés ou présentant des comorbidités.

  • Quelques études italiennes ou allemandes ayant porté sur l’analyse du sérum de donneurs de sang sains a permis de montrer l’existence d’une séroprévalence asymptomatique comprise entre 0,02% et 1,1%. Ce chiffre serait plus élevé dans des populations à risque, comme les forestiers (7,5% ou 18,1% selon les deux études serbes et italiennes disponibles).

  • Les données épidémiologiques suggèrent que les cas humains sont concomitants aux flambées épidémiques dans la population aviaire.

  • En termes diagnostiques, USUV peut être détecté par mise en évidence de l’ARN viral dans le sang ou le liquide céphalo-rachidien (LCR), par mise en culture cellulaire ou par détection d’IgM ou d’IgG dans le sang ou le LCR. La cinétique des anticorps spécifiques suivant l’infection reste cependant encore mal connue.

  • Pour les auteurs de l’article, la proximité de l’épidémiologie d’Usutu avec celle du West Nile virus suggère que la surveillance du second soit élargie au premier dans les régions du pourtour méditerranéen concernées.