USI : l’usage d’antibiotiques actifs contre les bactéries anaérobies du microbiote intestinal fait le lit des résistances à la ceftriaxone

  • Boutrot M et al.
  • J Antimicrob Chemother.
  • 9 juil. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Actualités Médicales
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À retenir

Chez les patients en unité de soins intensif (USI), l’exposition à un antibiotique non carbapénème actif contre les bactéries anaérobies du microbiote intestinal multiplie par 4 le risque de colonisation intestinale par une bactérie gram négatif résistante à la ceftriaxone (BGN-RCFT), le plus souvent Pseudomonas aeruginosa ou des entérobactéries hyperproductrices de céphalosporinase AmpC.

La prévalence de ces infections à BGN-RCFT étant en augmentation dans les USI, et le microbiote intestinal constituant le principal réservoir de ces bactéries résistantes, les auteurs appellent à la mise en place de programmes visant à limiter l’usage de ce type d’antibiotiques.

 

 

Les infections nosocomiales dues à des BGN-RCFT représentent une difficulté majeure dans les unités de soins intensifs et incitent à rechercher de meilleures stratégies de gestion des antibiotiques. Le microbiote constitue le principal réservoir de ces souches résistantes dans cette population. Les BGN-RCFT peuvent apparaître spontanément dans le tube digestif des patients ou être introduites par transmission croisée ou à partir d’une source environnementale, la plupart du temps suite à la déstabilisation du microbiote intestinal (notamment des populations anaérobies) et de la barrière intestinale par un antibiotique. Une étude française, menée au sein du service de Médecine Intensive Réanimation de l’hôpital de la Source à Orléans (16 lits) a cherché à savoir si l’exposition à des antibiotiques non carbapénème mais actifs contre les populations anaérobies du microbiote intestinal pouvait favoriser l’acquisition de bactéries BGN-RCFT.

Plus d’un tiers des patients acquièrent une bactérie résistante au cours de leur séjour en USI

Au cours de l’étude, tous les patients admis dans le service et n’ayant pas eu d’hospitalisation de plus de 3 jours depuis au moins 30 jours ont été inclus de façon rétrospective. Ils bénéficiaient d’une recherche systématique des BGN-RCF au niveau rectal à l’inclusion, puis de façon hebdomadaire. Parmi les 352 patients admis en service de soins intensifs et inclus dans l’analyse, 10,2% étaient déjà colonisés par une BGN-RCFT à l’inclusion. Durant leur séjour (durée médiane de 16 jours), 70,7% d’entre eux ont été exposés à au moins un antibiotique actif contre les bactéries anaérobies (pipéracilline, pipéracilline/tazobactam, amoxicilline/acide clavulanique, et métronidazole) et 12,2% sont décédés. Au cours de leur séjour, 34,1% ont acquis au moins une BGN-RCFT. Il s’agissait le plus souvent d’entérobactéries hyperproductrices de céphalosporinase AmpC (17,6%), et de Pseudomonas aeruginosa (14,8%) ou encore d’EBLSE (7,1%). Les taux d’acquisition de bactéries résistantes étaient fonction du temps de séjour, atteignant 40% après 4 semaines en soins intensif.

L’exposition aux antibiotiques non carbapénème, principal facteur prédictif d’acquisition de bactéries résistantes

En comparant deux cohortes de patients appariés selon leur score de propension à l’inclusion, dont l’une avait été exposée à des antibiotiques actifs contre les populations bactériennes anaérobies et l’autre pas, les chercheurs ont montré que l’exposition à ce type d’antibiotique était le principal facteur prédictif d’acquisition de BGN-RCFT, tant dans la cohorte appariée (HR ajusté (HRa) 3,92 [1,12-13,7], p=0,03), qu’en cohorte entière (HRa 4,30 [1,46-12,63], p=0,01). L’effet était similaire pour l’association pipéracilline/tazobactam, amoxicilline/acide clavulanique, et pour le métronidazole lorsque ces traitements étaient évalués séparément. En revanche, l’exposition à la ceftriaxone n’augmentait pas le risque d’acquisition de ce type résistance, probablement en raison de son absence d’impact sur les populations anaérobies du microbiote intestinal. De façon plus inattendue, il n’a pas été observé d’association entre l’administration de carbapénèmes (imipénème/méropénème) et l’apparition de BGN-RCFT, malgré leur activité importante contre les bactéries anaérobies. Ce dernier résultat demande à être davantage exploré.