Urgences : des chefs de service sonnent l’alarme


  • Serge Cannasse
  • Univadis Actualités Médicales
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La multiplication récente des accidents survenus aux urgences a incité 14 chefs de service hospitalier à publier une tribune dans le journal Le Monde pour dénoncer la saturation permanente de leurs services. Pour eux, bien plus qu’une question de confort pour les patients, c’est de leur sécurité qu’il s’agit, parce que cette saturation « augmente considérablement le risque d’erreurs médicales et use les équipes. »

Ils se refusent à accuser quiconque, mais notent que « beaucoup de patients viennent aux urgences par défaut », parce qu’elles « sont les seuls lieux ouverts en permanence quand les autres acteurs sont absents ou défaillants. » Ils déclarent accepter cela, mais à la condition que soit mis en œuvre un grand plan en faveur des services d’urgences (SU) de façon à pouvoir répondre effectivement à cette mission. Ils en détaillent les principales mesures :

-    abandonner l’évaluation des SU par le seul critère du délai d’attente, qui dépend de multiples facteurs et « ne reflètent ni la qualité ni la sécurité des soins . »

-     imposer des normes de personnel, de locaux et de matériel aux hôpitaux accueillant des SU, qui devront fermer si elles ne sont pas respectées.

-     filtrer l’accès aux urgences, par exemple au moyen d’une plateforme téléphonique ou numérique de régulation médicale, issue des actuels SAMU-centres 15, sauf en cas d’urgence vitale ou de manque d’accès à un téléphone.

-     labelliser les professionnels (médecins, pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, ...) capables de donner une première réponse dans les territoires éloignés.

-     prévoir un nombre suffisant de lits d’hospitalisation pour les patients venant du leur SU de l’établissement, avec sanction par la certification de l’hôpital.

-     innover sur les plans techniques et organisationnels : appel téléphonique des patients le lendemain de leur passage au SU (pour leur suivi), prescriptions infirmières, possibilité de renvoyer les patients sur une plage horaire moins chargée, programmes de détection de la fatigue des soignants, etc.

-     doter chaque SU d’une unité dédiée aux personnes âgées, avec un personnel spécialisé, et développer la télémédecine pour diminuer les transferts des maisons de retraite vers les SU, dont « 40% sont inutiles, coûteux et dangereux . »

-     créer dans chaque hôpital une filière dédiée aux mourants, qui ne doivent plus décéder aux urgences.

-     développer des indicateurs de qualité publics et scientifiquement fiables, par exemple sur les délais d’intervention chirurgicale.

Pour les signataires de la tribune, il est urgent de ne plus faire reposer la sécurité des patients sur la seule « bonne volonté » des professionnels.