Une première filière de soins spécialisée dans la prise en charge des patients avec suspicion de maladie de Lyme

  • Jacquet C & al.
  • Med Mal Infect

  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Le premier centre multidisciplinaire dédié à la prise en charge des patients ayant une suspicion de borréliose de Lyme (BL) a été mis en œuvre à l’hôpital de Nancy. Après un an de fonctionnement, le diagnostic de BL n’a été confirmé que chez 15% des patients, mais 49% d’entre eux ont pu obtenir un diagnostic différentiel. Les auteurs suggèrent que cette forte demande, au regard du nombre réel de patients diagnostiqués, est probablement liée au débat médiatique dont a fait l’objet la prise en charge de cette maladie, et aussi au fait que ces patients avaient déjà été vus par leur médecin généraliste. Ils relèvent également le taux élevé de diagnostics différentiels, et donc de diagnostics tardifs avec les conséquences possiblement délétères que cela implique pour les patients. Ces centres sont déjà présents dans d’autres pays d’Europe, aux États-Unis et au Canada et pourraient bientôt s’étendre à d’autres régions de France.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Chez les patients ayant une histoire de piqûre de tique ou des anticorps contre Borrelia burgdorferi et présentant des symptômes subjectifs, le diagnostic de maladie de Lyme est parfois délicat, surtout si le patient a déjà reçu un traitement par le passé. Si les formes précoces localisées posent généralement peu de problèmes au médecin généraliste, les patients suspectés d’être à un stade tardif de la maladie sont plus difficiles à prendre en charge. Pour répondre à cette problématique, l’hôpital de Nancy, avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé, a décidé de mettre en place une filière spécifique de soins multidisciplinaires, la filière AMDPL, pour améliorer la prise en charge des patients ayant une suspicion de maladie de Lyme et répondre à la demande des médecins généralistes. Après une année de fonctionnement, l’équipe dresse un premier bilan.

Méthodologie

Cette filière regroupe des spécialistes des maladies infectieuses, des internistes, des rhumatologues, des neurologues, des dermatologues, des microbiologistes, des psychiatres et psychologues, qui travaillent ensemble et sur un lieu dédié pour confirmer ou infirmer rapidement un diagnostic de BL.

Durant cette première année, tous les patients pris en charge au sein de la filière spécialisée ont été inclus. Leur parcours de soins commençait par une consultation dédiée à la BL avec un spécialiste des maladies infectieuses pour confirmer le diagnostic de BL ou établir un diagnostic différentiel. À l’issue de cette consultation, chaque cas était discuté en réunion de concertation multidisciplinaire et un traitement adapté était prescrit chaque fois qu’un diagnostic était établi (BL ou diagnostic différentiel). Dans le cas contraire, et lorsque l’état du patient le justifiait, un bilan plus approfondi était proposé dans le cadre d’une hospitalisation de jour.

Résultats 

  • Au total, 468 patients ont bénéficié de la première consultation spécialisée dans le courant de l’année et ont été inclus (âge moyen 51,4 ans, 50% de femmes). Ils venaient très majoritairement de l’Est de la France (92%) et étaient adressés par leur médecin généraliste (85% des cas), la plupart du temps en raison de la présence de signes compatibles avec un stade tardif de la maladie.
  • Lors de la première consultation, une exposition aux piqûres de tique a été rapportée dans 78% des cas et une lésion cutanée compatible avec un érythème migrant dans 41% des cas. La majorité des patients avaient une sérologie positive (IgG, 52% ; IgM, 13%). Les symptômes les plus fréquents étaient une arthralgie (75%), une asthénie (65%) et des myalgies (60%). Enfin, 85% d’entre eux avaient déjà reçu un traitement antibiotique dans cette indication de BL.
  • Une borréliose de Lyme a été considérée comme possible ou probable chez 15% des patients et un diagnostic différentiel a été établi pour 49% d’entre eux. Le diagnostic a pu être exclu dans 20% des cas sans qu’un autre diagnostic ait pu être établi, mais les patients ont ainsi pu être rassurés.
  • 26% des patients se sont vu proposer un bilan plus approfondi en hôpital de jour suite à la première consultation.