Une nouvelle espèce humaine contemporaine d’Homo sapiens


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Depuis plusieurs années, les progrès technologiques et la découverte de nouveaux sites de fouille ont rendu caduque la vision d’une humanité progressant pas à pas vers Homo sapiens , c’est-à-dire nous. Plusieurs espèces d’ Homo ont cohabité sur notre planète, sans que ce soit toujours sur les mêmes territoires. Une équipe internationale dirigée par Florent Détroit (Musée national d’histoire naturelle) et avec la participation de chercheurs du CNRS vient d’en apporter une nouvelle preuve. Elle a découvert une nouvelle espèce d’hominines (membres de la lignée humaine depuis ses origines, il y a 7 millions d’années), Homo luzonensis , sur l’île de Luzon, au nord des Philippines, confirmant par ailleurs le rôle majeur de l’Asie du sud-est insulaire dans le développement des hominines.

Les os et dents fossiles découverts dans la grotte de Callao au cours de trois campagnes de fouilles successives (2007, 2011, 2015) ont été datés directement de 50.000 à 67.000 ans par la méthode des séries de l’uranium (technique utilisant la dégradation progressive de l’uranium 234 en thorium 320). Il s’agit des plus anciens restes humains connus aux Philippines, précédant les premiers Homo sapiens (datés de 30 à 40.000 ans dans cette région).

Homo luzonensis a des caractères à la fois ressemblant à ceux des Australopithèques, donc très primitifs, et à ceux de Sapiens . Ainsi, les prémolaires ont deux à trois racines, comme chez les Australopithèques ou d’autres espèces anciennes ( Homo abilis, Homo erectus , par exemple), mais leur taille les rapproche d’ Homo sapiens . La phalange proximale de leurs doigts de pied a une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied, ce qui n’est pas le cas chez Sapiens , mais ressemble à ce qui existait chez les Australopithèques africains il y a deux ou trois millions d’années.

L’île de Luzon a été isolée du continent par la mer pendant tout le Quaternaire. Sa faune et sa flore ont eu un développement endémique, s’exprimant par des espèces très différentes de celles qui ont évolué sur le continent. Par ailleurs la présence d’hominines est attestée sur l’île depuis 700.000 ans. Les chercheurs proposent donc d’expliquer les caractéristiques très particulières d’ Homo luzonensis par une évolution endémique, avec réapparition de caractères primitifs au fil du temps.

En tout cas ils concluent sur « la diversité, la richesse et la complexité des migrations anciennes et de l’histoire évolutive dans les îles du sud-est asiatique. » Leur travail a été publié dans la revue Nature (11 avril 2019).