Une méta-analyse établit la relation dose-effet entre potassium et pression artérielle

  • Filippini T & al.
  • J Am Heart Assoc
  • 16 juin 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • La relation entre les apports en potassium et taux de pression artérielle suit une courbe en U, pouvant expliquer les observations contradictoires qui ont été rapportées dans la littérature. Le taux optimal d’apport en potassium est compris entre 30 et 90 mmol/jour pour les sujets présentant une HTA (définie selon les recommandations), et entre 30 et 120 mmol/jour pour les sujets normotendus, soit des apports quotidiens compris entre 1,2g et 3,5 ou 1,2g et 5,1g respectivement.

 

La relation entre l’apport en potassium et la pression artérielle (PA) a fait l’objet de nombreuses études chez les sujets normotendus comme hypertendus, mais la relation dose-effet n’est pas parfaitement établie parce que les études cliniques consistent à comparer deux doses ou une dose à un placebo. Or, les données de la littérature ont décrit que certaines doses de potassium pourraient être délétères sur le plan cardio- ou cérébrovasculaire. Afin de statuer sur la relation dose-effet existant entre les deux paramètres, les méta-analyses peuvent être utiles, mais les modèles habituels nécessitent des études cliniques ayant comparé au moins 3 niveaux d’exposition différents, ce qui reste assez peu fréquent. Afin de pallier cette difficulté, des chercheurs ont mené une revue de la littérature et une méta-analyse en utilisant une approche statistique différente (modèle en une étape) qui permet d’inclure des études n’ayant comparé que deux niveaux d’exposition. Leur travail a été publié dans le Journal of the American Heart Association .

La revue a identifié 32 études cliniques (n=1.764) dans lesquelles des adultes ont bénéficié d’une évaluation initiale de l’apport en potassium et ont participé à une étude interventionnelle d’au moins 4 semaines, avec mesures des taux d’excrétion urinaire de sodium et potassium.

Une plage de doses plus étroite chez les hypertendus

Les résultats de ces travaux permettent de mettre en évidence une relation dose-effet en U. Si un certain niveau d’apport en potassium est nécessaire pour réduire la PA, un apport excessif peut aboutir à un effet contraire. L’effet délétère de l’ion sur la PA survient chez les sujets normotendus et, de façon plus prononcée, chez les sujets hypertendus.

Ainsi, les valeurs moyennes de PAS et de PAD diminuaient lorsque la différence entre les taux de potassium excrété par les sujets traités versus témoins augmentait, et cela, jusqu’à une valeur de 30 mmol/jour environ. Ensuite, les niveaux de supplémentation plus élevés conduisaient à un bénéfice plus réduit sur la PA. À partir d’une différence de 80 mmol/jour environ, la supplémentation conduisait à une augmentation de la PAS et de la PAD. La même relation en U est établie entre les niveaux d'excrétion urinaire de potassium journalière et la PA.

L’ampleur avec laquelle la PA baisse grâce à un apport en potassium est plus importante et existe pour une plage d’excrétion urinaire plus large chez les normotendus (jusqu’à 90 mmol/j). que les patients hypertendus (jusqu’à 60 mmol/j). Chez les sujets hypertendus, la baisse est plus importante à valeur d’excrétion égale lorsque les patients ne sont pas traités, versus traités par des antihypertenseurs.

Ainsi, le taux optimal d’apport quotidien en potassium serait compris entre 1,2g et 3,5g pour les sujets présentant une HTA, et entre 1,2 et 5,1g pour les sujets normotendus. La relation en U décrite dans ce travail est à mettre en parallèle avec celle qui a été établie entre les apports élevés en potassium et la survenue d’évènements cardiovasculaires.

Ce travail est important car il peut permettre d’ajuster les recommandations faites aux patients. Les auteurs rappellent que les apports en sodium et potassium ont une relation conjointe dans la modulation de la pression artérielle et que le niveau des deux électrolytes est important à considérer afin d’ajuster les conseils ou prescriptions.