Une étude italienne renforce l'hypothèse de l'association entre SARS-CoV-2 et maladie de Kawasaki


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Avec une incidence 30 fois supérieure en période pandémique par rapport à la précédente, les équipes pédiatriques de l’hôpital Papa Giovanni XXIII de Bergame (Italie) suggèrent que les cas pédiatriques Kawasaki-like accueillis ces dernières semaines sont associées au SARS-CoV-2. 

  • D'un point de vue clinique, les enfants étaient plus âgés que ceux reçus avant la pandémie, et présentaient une atteinte respiratoire, gastro-intestinale, des signes méningés et des signes d'atteinte cardiovasculaire. Sur le plan biochimique, ils présentaient généralement une forte leucopénie avec lymphopénie, une thrombocytopénie et une augmentation de la ferritine et des marqueurs de myocardite. 

  • Bien que rares, ces cas pourraient être associés au SARS-CoV-2 mais d’autres études plus larges doivent le confirmer.

Depuis quelques semaines, le nombre d’enfants avec une présentation Kawasaki-like croît dans plusieurs pays du monde, et il est suspecté d’être lié à l’épidémie de COVID-19. Afin de savoir si l'incidence et les caractéristiques de ces patients sont spécifiques, une équipe lombarde a comparé le nombre et la présentation des enfants hospitalisés et présentant ces manifestations ces cinq dernières années, avant ou après le début de l’épidémie de COVID-19.

Une incidence 30 fois supérieure

Les chercheurs ont recensé 19 enfants ayant reçu un diagnostic de maladie de Kawasaki ou présentant un syndrome Kawasaki-like entre janvier 2015 et le 17 février 2020, ainsi que 10 enfants depuis le 17 février 2020. La présentation clinique des cas accueillis durant la pandémie de COVID-19 est spécifique sur plusieurs aspects : sept des 10 enfants étaient des garçons, en moyenne plus âgés (7,5 ans) que les cas recensés avant la pandémie (12 filles parmi 19 enfants, âge moyen 3,5 ans).

Les cas hospitalisés depuis février 2020 étaient pour moitié des présentations classiques de la maladie de Kawasaki et pour moitié des présentations incomplètes. Par ailleurs, 4 présentaient des anomalies à l’ECG, 5 des infiltrations et 1 des épaississements intralobulaires à l’imagerie pulmonaire. La moitié avait eu un syndrome d’activation macrophagique. Des IgG et/ou des IgM spécifiques du SARS-CoV-2 ont été identifiés pour 8 d’entre eux. Par comparaison, avant la pandémie, 6 des 19 enfants s’étaient présentés avec des formes incomplètes de la maladie de Kawasaki et aucun n’avait présenté de syndrome d’activation macrophagique.

La comparaison des deux groupes a montré que la fréquence des atteintes cardiaques, des syndromes Kawasaki sévères et des syndromes d’activation macrophagique étaient plus élevés dans le premier groupe, hospitalisé depuis le début de la pandémie, que dans le second, hospitalisé avant la pandémie. Rapporté aux nombres de consultations en service d’urgences, l’incidence de la maladie de Kawasaki est estimée à 3,5% durant la période de pandémie, versus 0,019% auparavant (p

Tous les patients avant et après la pandémie ont reçu un traitement par immunoglobulines intraveineuses (IVIg), mais 8 des 10 cas identifiés durant la pandémie n’ont pas répondu et ont dû recevoir un traitement supplémentaire par corticostéroïdes, contre seulement 4 des 19 enfants identifiés en dehors de la période de pandémie.

Argument supplémentaire pour une association avec le SARS-CoV-2

Selon les auteurs, les 2 enfants testés négativement au dépistage des anticorps du SARS-CoV-2 pourraient être des faux négatifs au vu de la sensibilité et la spécificité du test (respectivement 95% et 85-90%). Par ailleurs, l'un d’eux avait reçu une forte dose d'immunoglobuline juste avant de réaliser le test, ce qui peut avoir masqué les anticorps au virus.

In fine , ces cas pédiatriques pourraient selon les auteurs être liés au nouveau coronavirus. Cette famille de virus a historiquement été suspectée dans certaines maladies de Kawasaki mais cette association n’a jamais été confirmée.

L’éditorial accompagnant cet article reconnaît que la mise en évidence des cas à la fin de la première vague pandémique pourrait s’expliquer par sa rareté, a fortiori dans une période où la sollicitation des systèmes de soins est forte. Ces cas, définis provisoirement comme syndromes inflammatoires multisystémiques pédiatriques chronologiquement associés au SARS-CoV-2 (PIMS-TS en anglais), pourrait bien représenter un syndrome inflammatoire post-infectieux, médié par des anticorps ou une cascade immunitaire post-infectieuse, étant donné que la réplication virale était faible chez ces enfants.