Une étude française montre un sur-risque de mélanome sous THM

  • Int J Cancer

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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Que sait-on déjà sur le sujet ? 

Certaines données de la littérature ont suggéré que le mélanome cutané pourrait être influencé par les hormones féminines, notamment au cours de la grossesse et de la ménopause. En France, l’utilisation des traitements hormonaux de la ménopause (THM) a fortement diminué depuis les années 2000 après la publication de l’essai Women’s Health Initiative (WHI) ayant mis en évidence l’augmentation du risque d’évènements cardiovasculaires et de cancer du sein sous THM. Cependant, il existe encore de nombreux médicaments disponibles, qui sont plus particulièrement prescrits en cas de syndromes climatériques sévères. Certaines études ont déjà évalué l’association entre les THM et le risque de mélanome mais leurs conclusions sont parfois contradictoires. Par ailleurs, certains chercheurs évoquent que l’exposition solaire pourrait être un facteur de confusion insuffisamment pris en considération. 

Qu’apporte cette étude ?

L’étude E3N (Étude Épidémiologique auprès de femmes de l’Éducation Nationale) est un essai prospectif mené entre 1990 et 2008, en France. L’offre de THM variant selon les pays, il est particulièrement intéressant de pouvoir bénéficier d’une étude menée en France. Au total, les données de 75.523 femmes post-ménopausées ont été incluses dans les analyses (l'âge moyen à l’initiation du THM était de 52 ans). La prise de ces traitements a été évaluée par auto-questionnaires administrés de manière bi-annuelle. Un sous-groupe de femmes (étude cas-contrôles E3N-SunExp) a permis d’ajuster plus spécifiquement les analyses à l’exposition solaire, que celle-ci soit naturelle et liée à la localisation ou récréative).

Les principaux résultats sont les suivants :

  • La durée médiane d’utilisation du THM était de 5,3 ans. À la fin du suivi, la majorité des femmes étaient des utilisatrices récentes de traitement hormonal substitutif (74,5%). Au cours du suivi, une forte proportion de femmes (41%) ont utilisé plusieurs types de traitements. 
  • Entre 1990 et 2008, 444 cas de mélanomes ont été recensés au sein de la population évaluée. 
  • Par rapport à celles qui n’avaient jamais pris de THM, et après ajustement à l’exposition solaire, la pigmentation, les antécédents familiaux de cancer cutané, les utilisatrices de traitement hormonal substitutif présentaient un risque de mélanome augmenté de 35% (hazard ratio (HR) 1,35 [1,07-1,71]). 
  • L’association était plus forte chez celles qui utilisaient un traitement contenant des dérivés du norpregnane (+59%).
  • Les analyses ont montré que le risque était plus élevé également lorsque l’initiation du traitement se faisait précocement après la ménopause plutôt que tardivement : +55% de risque pour une initiation moins de 6 mois après la ménopause par rapport à une initiation 2 ans ou plus après la ménopause.
  • En revanche, une fois sous THM, la durée de l’utilisation de celui-ci ne modifiait pas le risque de mélanome.
  • Le risque de mélanome était similaire après ajustement à l’exposition aux UV. Par ailleurs, les résultats ont révélé que les utilisatrices de TSM étaient plus susceptibles d’utiliser des écrans solaires à indice élevé de protection et de réitérer régulièrement l’application durant l’exposition solaire. 

Impact en pratique

Cette large étude prospective montre qu’il existe une association positive entre la prise d’une hormonothérapie substitutive de la ménopause et le risque de mélanome, ce qui contraste avec les conclusions de précédentes publications1-3 mais confirme les résultats de deux récentes études de cohorte, l’une rétrospective et l’autre prospective4,5. Les auteurs expliquent que ces différences pourraient être liées au faible nombre de cohortes prospectives et de cas notifiés.