Une étude de fratrie se veut rassurante sur la neurotoxicité des anesthésiques chez l’enfant

  • O'Leary JD & al.
  • JAMA Pediatr
  • 5 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une large étude constituée de plus de 10.000 paires d’enfants de même fratrie, le fait d’être exposé à un acte chirurgical sous anesthésie générale avant l’entrée en école primaire ne semble pas augmenter le risque de présenter des altérations neurodéveloppementales, évaluées selon l'Instrument de mesure du développement de la petite enfance (IMDPE) par rapport aux frères ou sœurs qui n’ont pas été soumis à une telle procédure. Les composants de cette échelle, pris isolément (langage et cognition, santé émotionnelle et maturité, communication…) étaient également comparables entre enfants issus d’une même fratrie.

  • Cette étude conforte de précédents résultats obtenus auprès de larges cohortes appariées ou auprès de cohortes constituées d’un nombre restreint de paires d’enfants de même fratrie. Elle appuie l’idée que l’anesthésie n’est pas un facteur de risque significatif pour le développement cérébral. La majorité des enfants opérés dans cette étude avaient subi une chirurgie unique non complexe. Aussi, les auteurs reconnaissent que ces conclusions ne peuvent pas être généralisées à ceux qui doivent suivre des procédures chirurgicales longues et répétées.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Certaines études précliniques ont suggéré un potentiel impact neurotoxique des médicaments anesthésiques sur le développement cérébral, ce qui a motivé des mises en garde de la part de la communauté médicale. Les données cliniques sont cependant hétérogènes, même lorsqu’elles sont fondées sur l’étude de larges cohortes, car il existe une variabilité du risque d’un enfant à l’autre en fonction de nombreuses autres variables (sociales, environnementales, familiales, périnatales…). Aussi, pour identifier un risque lié aux anesthésiques dans ce contexte, même modeste, il est nécessaire de disposer à la fois d’une large cohorte et de sujets issus de la même mère, soumis en conséquence à de nombreux paramètres communs.

Méthodologie

  • L’étude a identifié les enfants issus d’une même province canadienne et ayant bénéficié d’une évaluation du développement à l’entrée en école primaire (5-6 ans) entre 2004 et 2012 : l’IMDPE est un questionnaire canadien rempli par l’enseignant(e) qui permet de mesurer la santé développementale des enfants dans cinq domaines : santé et bien-être physique, habiletés sociales, maturité affective, capacités linguistiques et cognitives, habiletés en communication et connaissances générales.

  • Ils ont ensuite recherché dans les bases de données de santé les antécédents de chirurgie et d’anesthésie et ont reconstitué les paires de frères et/ou sœurs qui ont été réparties pour l’analyse selon qu’ils avaient l’un et/ou l’autre bénéficié d’une chirurgie.

  • Le critère principal était la vulnérabilité du développement précoce, définie par au moins une valeur de l’un des 5 domaines de l’IMPDE inférieure au dixième percentile de la population.

Principaux résultats

  • Globalement, 27.205 enfants ayant eu une chirurgie éligible ont été retenus, et ont été rapprochés des 160.021 enfants n’en ayant pas eu : au total, 10.897 paires de même fratrie ont été reconstituées, soit 21.794 enfants (53,8% de filles, 5,7 ans d’âge moyen) dont 2.346 étaient des paires discordantes (1 exposé/1 non exposé).

  • Les résultats de l’IMPDE non ajustés ont montré que les enfants appartenant au groupe exposé à une chirurgie avec anesthésie générale avaient un risque de vulnérabilité supérieur à celui du groupe non exposé (22,6 % vs 20,0 %, p

  • Après ajustement sur les mêmes paramètres, les résultats de l’IMPDE ne montraient pas de différence dans les paires discordantes issues d’une même fratrie (OR:1,14 [0,98-1,33], p=0,09). De même, les données des 5 domaines évalués par le test, prises isolément, étaient comparables.

Principales limitations

Il s’agissait d’une étude rétrospective, induisant un certain nombre de biais et de facteurs de confusion potentiels non identifiés. Par ailleurs, il n’était pas possible d’évaluer si les paires issues d’une même fratrie avaient le même père.

Financement

L’étude a reçu des financements de plusieurs structures non lucratives canadiennes.