Une étude cas-témoins signale une association entre la prise d’antibiotique et le risque tumoral au niveau côlon ou rectum

  • Zhang J & al.
  • Gut
  • 19 août 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Cette étude originale montre :

  • Qu’il existe une relation dose-dépendante positive entre l’utilisation d’antibiotiques et le risque de cancer touchant le côlon. Cette association positive est tout particulièrement liée à  l’exposition à des antibiotiques ciblant les germes anaérobies et concernerait même de courtes expositions.
  • En revanche, inversement, les sujets ayant pris des antibiotiques avaient moins de risque de cancer du rectum.
  • Ces données suggèrent que les antibiotiques pourraient avoir un impact différent selon le site anatomique intestinal considéré. 
  • Ces données pourraient avoir des répercussions sur le choix des antibiotiques dans certaines situations, et appellent à la mise en place d’autres études pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et confirmer ces résultats.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

Il est admis que les antibiotiques exercent un effet important sur la composition du microbiote intestinal et que la présence d’agents infectieux au niveau intestinal influence le développement de cellules cancéreuses. En revanche, l’association entre la prise d’antibiotiques et le risque de cancer n’avait pas encore été évaluée.

Méthodologie

Une étude cas-témoins a été réalisée à partir de données cliniques recueillies entre 1989 et 2012.

Principaux résultats

Au total, 28.980 sujets souffrant de cancer colorectal (CCR) et 137.077 sujets témoins ont été identifiés. Les sujets malades étaient plus susceptibles que les témoins d’être en surpoids ou obèses, d’avoir été fumeurs, d’avoir une consommation modérée à importante d’alcool, d’être diabétique et d’avoir eu une coloscopie. Les sujets ayant un cancer colorectal, étaient également moins susceptibles que les sujets témoins d’être traités par AINS. Les individus ayant un cancer spécifiquement du côlon étaient plus susceptibles d’être des femmes, en surpoids ou obèses, fumeurs, consommateurs d’alcool, diabétiques et d’avoir eu une coloscopie que les sujets souffrant de cancer du rectum. À l’issue d’un suivi moyen de 8,1 ans, 70% des individus avec CCR et 68,5% des sujets contrôles avaient reçu un antibiotique. 

Les résultats des analyses ont montré une association dose-dépendante entre l’utilisation d’antibiotiques et le risque de cancer colorectal. Cette association en revanche différait en fonction de la localisation:

Au niveau du côlon, le risque était perceptible même à partir d’une utilisation minimale et différait avec la nature et la durée des antibiotiques utilisés. Le risque était perceptible dès l’utilisation d’un antibiotique durant 1 à 15 jours (+14%). Les antibiotiques ciblant les germes anaérobies étaient associés à un risque plus élevé de cancer du côlon. 

Au niveau rectal, une association inverse a été retrouvée entre l’utilisation d’antibiotiques et le développement de cancer, et ce particulièrement pour les durées de traitement dépassant les 2 mois (-15% de risque odds ratio 0,85 [0,79-0,93]).

Les pénicillines, notamment l’ampicilline/amoxicilline, augmentaient tout particulièrement le risque de cancer du côlon de +9% (odds ratio ajusté 1,09 [1,05-1,13]), alors que les tétracyclines le diminuaient au niveau rectal (ORa 0,90 [0,84-0,97]).

Principales limitations

10 à 20% de données concernant le style de vie étaient manquantes.