Une espérance de vie réduite de plus de 13 ans chez les sujets souffrant de troubles psychiques sévères

  • Coldefy M et Gandré C.
  • IRDES, Questions d'économie de la santé
  • 26 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’IRDES publie les premières données françaises sur la mortalité des sujets souffrant de troubles psychiques sévères à l’échelon national. L’espérance de vie à 15 ans est diminuée de 16,4 ans chez les hommes et de 12,9 ans chez les femmes dans cette population par rapport à la population générale. Une surmortalité est observée, notamment en lien avec un risque accru de suicide ou de mort accidentelle 5 fois plus élevé que dans la population générale. Le taux de décès prématuré est nettement plus haut et la mortalité toutes causes est également augmentée. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

La réduction de l’espérance de vie chez les sujets souffrant de maladies psychiatriques et leur taux de mortalité supérieur à celui de la population générale sont connus de longue date. Cette surmortalité a été associée à un risque de suicide ou par mort violente plus élevé, mais également à de nombreux facteurs comportementaux (tabagisme, sédentarité, faible observance aux traitements, etc.) ou à un accès réduit aux soins. Mais seules quelques études parcellaires ont appréhendé cette problématique en France. Depuis fin 2017, le système national des données de santé (SNDS) a commencé à intégrer les données relatives aux causes de décès selon la CIM-10, permettant ainsi d’analyser la mortalité des sujets suivis pour troubles psychiatriques.

Conception de l’étude

À partir des données 2014 du SNDS, incluant les données d’hospitalisation de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH) et de remboursement des soins hospitaliers et de médecine de ville de la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), cette étude a retracé la mortalité des personnes suivies pour troubles psychiques en France. L’espérance de vie a été calculée à l’âge de 15 ans car les pathologies psychiatriques apparaissent généralement après cet âge.

Une espérance de vie fortement diminuée à l’âge de 15 ans

Au cours de l’année 2014, deux millions de bénéficiaires du régime général et des sections locales mutualistes (SML) ont été suivis pour un trouble psychiatrique (toutes pathologies confondues) et 2,7% d’entre eux sont décédés contre 0,7% dans la population générale.

Après appariement des causes de décès sur les données de consommation de soins, il apparaît que l’espérance de vie à 15 ans des sujets suivis pour troubles psychiatriques est de 48,9 ans pour les hommes et de 58,6 ans pour les femmes, correspondant à une réduction de l’espérance de vie de 16,4 ans et de 12,9 ans pour les hommes et les femmes respectivement par rapport à l’ensemble des bénéficiaires.

Mais ces résultats masquent de fortes disparités. La perte d’espérance de vie apparaît en effet de façon plus marquée pour les troubles addictifs (22,3 ans chez les hommes et 23,4 ans chez les femmes), alors qu’elle est moins importante chez les hommes souffrant de troubles maniaques et bipolaires (12,8 ans) ou de dépression ou de troubles de l’humeur chez les femmes (12,6 ans).

Des décès par suicide, accident ou par chute plus fréquents

Comme en population générale, cancers et maladies cardio-vasculaires représentent les premières causes de décès, mais avec des taux plus importants. Les causes externes (suicides, accidents de transport et chutes) représentent la 3cause de décès chez les sujets suivis pour troubles psychiatriques, avec un taux de mortalité 4,9 fois supérieur comparativement à l’ensemble de la population étudiée. Ce taux est même multiplié par 6 en cas de troubles bipolaires et par 8 en cas de troubles addictifs.

Le taux de décès prématuré (

Le taux de mortalité toutes causes est également plus élevé (x2,6), notamment pour les sujets souffrant de troubles addictifs et psychotiques. Et cette surmortalité s’observe pour l’ensemble des causes de décès.

Limite

L’estimation des troubles mentaux a été calculée sur les sujets récemment pris en charge par le système de santé et a donc pu omettre les sujets atteints, mais n’ayant pas de recours aux soins au moment de l’étude.