Une équipe française lève le voile sur l’association entre prééclampsie/éclampsie et risque de cancer

  • Serrand C & al.
  • JAMA Netw Open

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Certaines études suggèrent que les changements physiologiques induits par la prééclampsie ou éclampsie durant la grossesse pourraient favoriser la survenue de cancers plus tard dans la vie. Ces données sont cependant hétérogènes et l’impact n’est pas forcément identique pour chaque organe. Autant d’incertitude qui ont incité une équipe de chercheurs français à mener une étude rétrospective à l’échelle de la population. Qu’en ont-ils conclu ?

  • Une prééclampsie/éclampsie lors d’une première grossesse n’augmenterait pas le risque de cancer, tous cancers confondus.
  • En revanche, cette situation clinique serait associée à une augmentation importante du risque de maladie myélodysplasique, myéloproliférative et de tumeur rénale.

Les chercheurs évoquent qu’un facteur sous-jacent commun pourrait favoriser la survenue de ces cancers. Les mécanismes en jeu lors de la mort fœtale intra-utérine, le dysfonctionnement des cellules progénitrices endothéliales et/ou la réponse immunitaire anormale font partie des pistes évoquées.

Ces résultats sont importants pour au moins deux raisons : la prééclampsie/éclampsie concernent environ 1% à 3% des nullipares et 0,5% à 1,5% des multipares en France, et il s’agirait de la première étude à explorer l’association entre prééclampsie/éclampsie, maladies myéloprodysplasiques, myéloprolifératives et cancer du rein.

Méthodologie

Cette étude rétrospective s’est appuyée sur les données de sortie hospitalière de femmes hospitalisées durant leur grossesse entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2019. L’objectif était d’évaluer le risque de cancer après une prééclampsie/éclampsie lors d’une première grossesse. 

Principaux résultats

Au global, 4.3 millions de femmes avec et sans prééclampsie/éclampsie durant leur première grossesse ont été incluses. L’âge moyen à la première grossesse était de 29,6 ans.

Parmi elles, 1,1% avaient eu une pré-éclampsie/éclampsie lors de leur première grossesse, soit environ 11 cas sur 1.000 grossesses. L’âge de la première grossesse était similaire entre les femmes ayant développé une prééclampsie/éclampsie et les autres.

Les femmes qui avaient développé une prééclampsie/éclampsie étaient plus souvent obèses (5,6% vs 4,6%), diabétiques (7,9% vs 6,9%), hypertendues (13,4% vs 11,9%), dyslipidémiques (4,1% vs 3,6%), insuffisantes rénales (14,4% vs 13,2%), insuffisantes hépatiques (1,8% vs 1,6%), asthmatiques ou porteuses d’une insuffisance pulmonaire obstructive (3,7% vs 3,3%) ou avaient plus souvent que les autres développé un événement cardiovasculaire comme un accident vasculaire cérébral, un infarctus du myocarde ou un événement thromboembolique (8,4% vs 7,2%).

Sur un suivi moyen de 4,4 ans et un suivi maximum de 8 ans, 0,7% des femmes de la cohorte ont reçu un diagnostic de cancer. Aucune différence significative de risque de cancer – tous cancers confondus – n’a été mise en évidence entre les femmes qui avaient fait une pré-éclampsie/éclampsie durant leur grossesse et les autres. En revanche, une prééclampsie/éclampsie lors d’une première grossesse faisait plus que doubler le risque de syndrome myélodysplasique ou de maladie myéloproliférative (Hazard ratio ajusté (HRa) 2,43) et de cancer rénal (HRa 2,19). Cette situation clinique était également associée à une diminution du risque de cancer du sein (-21%) et de cancer du col (-25%). Cet effet protecteur disparaisait cependant lorsque pour le cancer du sein le décollement placentaire ou la mort fœtale intra-utérine et le retard de croissance fœtale pour le cancer du col de l’utérus étaient inclus dans la définition du groupe d’exposition.