Une équipe française a évalué le risque d’infections associés aux traitements des MICI

  • Kirchgesner J & al.
  • Gastroenterology
  • 1 août 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

À partir d’une large cohorte de patients traités pour MICI (Maladie Inflammatoire Chronique des Intestins), une équipe française s’est intéressée au risque d’infections graves et opportunistes en lien avec la prise d’anti-TNF et de thiopurines seuls ou en association. Le risque d’infections graves serait plus élevé sous anti-TNF que sous thiopurines, en revanche ce serait l’inverse pour le risque d’infections opportunistes. Les risques d’infections graves et d’infections mycobactériennes seraient augmentés respectivement de 71% et 98% lorsque les deux traitements sont associés par rapport à une monothérapie par anti-TNF. Les résultats de cette étude montrent l’intérêt d’une attention spécifique lors du suivi de ces patients.

Quel impact en clinique ?

L’association anti-TNF et thiopurines est plus efficace que la monothérapie par l’un ou l’autre chez les patients souffrant de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique (RCH). Les données de la littérature portant sur le risque infectieux associé à la prise d’anti-TNF et de thiopurines seuls ou associés sont contradictoires et proviennent souvent d’études de faible envergure. Cette étude présente l’avantage de porter sur une cohorte française et de grande ampleur. Ses résultats montrent que le risque d’infections graves et d’infections opportunistes doit être pris en considération chez les patients traités par anti-TNF et/ou thiopurines pour MICI au regard des bénéfices de ces différentes stratégies thérapeutiques. L’âge serait le facteur de risque principal d’infections graves ou d’infections opportunistes. Ce risque serait en effet multiplié par 2 à 3 chez les patients de 65 ans et plus par rapport aux plus jeunes.

Méthodologie

Les données analysées ont été collectées par l’Assurance Maladie française entre janvier 2009 et Décembre 2014 auprès d’adultes traités pour MICI, puis analysées par un modèle proportionnel de type Cox ajusté aux caractéristiques socio-démographiques, aux traitements et aux comorbidités des patients. Les infections graves concernaient les sites suivants : les poumons, le système gastro-intestinal, la peau, le tractus urinaire, les oreilles, le nez et la gorge, le système musculo-squelettique, ainsi que les autres infections (sepsis, infections opportunistes non classées, et infections mycobactériennes). Les infections opportunistes, elles, étaient classées en fonction du pathogène (virus, mycobactérie, bactérie, levure, parasite). 

Principaux résultats

Au cours du suivi, sur les 190.694 patients souffrant de MICI inclus dans les analyses principales, 128.285 (67,3%) n’avaient jamais été exposés aux anti-TNF et thiopurines (âge moyen 47,8 ans, et souffraient majoritairement de RCH non compliquée). 24,9%, 13,8% et 6,3% avaient déjà été exposés à une monothérapie par thiopurines, à une monothérapie par anti-TNF ou à l’association des deux (sujets globalement de moins de 40 ans). 

Au cours du suivi, 8.561 infections graves et 674 infections opportunistes ont été rapportées, soit des taux d’incidence respectifs de 9,4/1.000 et 0,8/1.000 personnes-années. Les cas incidents d’infections graves survenaient en moyenne après 303, 365 et 136 jours d’exposition respectivement à une monothérapie par thiopurines, par anti-TNF ou à une combinaison des deux.

Le risque d’infections graves et d’infections opportunistes était plus important sous association (anti-TNF et thiopurines) que sous monothérapie par anti-TNF : respectivement hazard ratio (HR) 1,23 [1,05-1,45] et 1,96 [1,32-2,91].

Le risque d’infections graves sous monothérapie par anti-TNF était 71% plus élevé que sous monothérapie par thiopurines (HR 1,71 [1,56-1,88]). En revanche, le risque d’infections opportunistes était presque moitié moindre sous anti-TNF seuls que sous thiopurines seules (HR 0,57 [0,38-0,87].

Principales limitations

Les infections ont été identifiées à partir des codes de diagnostics déclarés au niveau hospitalier.