Un verre d’alcool pour diminuer le risque de diabète : est-ce raisonnable ?

  • He X & al.
  • Diabetologia
  • 28 févr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Bien évidemment, cette étude n'a pas vocation à inciter à la consommation d'alcool, mais tente de mieux comprendre les interactions sous-jacentes entre consommation d'alcool et diabète. Publiée récemment dans Diabetologia, elle suggère que la consommation d’alcool serait inversement associée au risque de diabète sur un suivi médian de 21 ans. La quantité d’alcool associée à un moindre risque de diabète s’est révélée être différente chez les hommes (≥8 verres/semaine) et les femmes (8-14 verres/semaine). L’association entre consommation d’alcool et risque de diabète était plus forte chez les individus qui avaient l’IMC le plus élevé. Ainsi, selon les auteurs, l’effet de l’obésité sur la résistance à l’insuline pourrait être modifiée par l’alcool.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

De nombreuses données de la littérature suggèrent qu’une consommation modérée d’alcool aurait un rôle cardiovasculaire et métabolique protecteur, incluant pour ce dernier le diabète. Certaines études ont suggéré que la consommation d’alcool pouvait améliorer la sensibilité à l’insuline chez les femmes. D’autres données indiquent que l’association entre consommation d’alcool et risque de diabète diffère en fonction du sexe et de l’adiposité. Cette étude basée sur une population communautaire suivie dans le temps examine l’impact de la consommation d’alcool sur le risque de diabète en fonction du sexe et de l’IMC.

Méthodologie

L’étude prospective Atherosclerosis Risk in Communities (ARIC) avait pour objectif d’évaluer l’association potentielle entre la consommation d’alcool à l’inclusion, 9 ans plus tard et le risque de diabète à long terme en fonction du sexe et/ou de l’IMC. Au total les données de 12.042 américains d’âge moyen ont été inclus dans les analyses (6.631 femmes et 5.411 hommes). La première visite s’est déroulée entre 1987 et 1989 et la 4entre 1996 et 1998. Les données ont été ajustées selon plusieurs modèles : le modèle 1 incluait l’âge, l’origine ethnique et les apports énergétiques globaux. Le modèle 2 incluait toutes ces variables plus le niveau d’éducation, les revenus du foyer, les antécédents familiaux de diabète, la pratique d’une activité physique, les taux à l’inclusion de cholestérol total, d’HDL-cholestérol, de glycémie à jeun, la présence ou non d’une maladie coronarienne, la variation dans le temps de l’IMC, le ratio taille/hanche, les antécédents d’hypertension et le statut tabagique.

Principaux résultats

Sur les 12.042 participants sans diabète à l’inclusion, 3.795 en ont développé un au cours du suivi médian de 21 ans. Dans cette population, les participants qui consommaient plus d’un verre par semaine étaient plus susceptibles d’être des hommes, fumeurs, d’avoir des apports énergétiques quotidiens importants, des taux de HDL-cholestérol et de glucose élevés. Le niveau d’éducation et les revenus du foyer étaient associés à la consommation d’alcool selon une courbe en U en dehors de ceux qui avaient une consommation >14 verres/semaine.

Sur la base du modèle 2, le risque de développer un diabète au cours du suivi de 21 ans était diminué de 25% chez les femmes qui consommaient entre 8 et 14 verres/semaine par rapport à celles qui consommaient ≤1 verre/semaine (hazard ratio 0,75 [0,58-0,96]).

Chez les hommes, le modèle 2 montrait une diminution de 16% du risque de diabète (à la limite de la significativité) pour ceux qui consommaient entre 8 et 14 verres/semaine et une diminution significative de 19% par rapport à ceux qui en consommaient ≤1/semaine (respectivement HR 0,84 [0,70-1,00] et 0,81 [0,67-0,97], p

Pour les deux sexes les analyses ont montré une diminution significative du risque de diabète avec l’augmentation de la consommation d’alcool. Cette association était modifiée par l’IMC, l’association s’inversant chez les femmes en surpoids ou obèses et chez les hommes obèses.

Principales limitations

L’évaluation des consommations d’alcool était basée sur des données auto-déclarées, donc à risque de biais.