Un sur-risque de mortalité lié à l’oxygénothérapie dite libérale

  • Santer M & al.
  • BMJ

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une méta-analyse rassemblant les données de 16.037 patients issus de 25 études cliniques randomisées, l’oxygénothérapie dite libérale mise en place en cas de maladie grave (IDM, AVC? sepsis…) augmente significativement la mortalité hospitalière, la mortalité à 30 jours et à l’issue du suivi le plus long (variable selon les études), par rapport à l’oxygénothérapie dite conservative (risque relatif de décès de 1,21, 1,14 et 1,10).
  • Cette étude, qui a rassemblé des patients souffrant de pathologies aiguës diverses, apporte des informations importantes à mettre en parallèle des recommandations concernant l’apport d’oxygène dans ces contextes pathologiques, et dont les conclusions sont parfois contradictoires. De nouveaux travaux sont désormais attendus pour confirmer ces résultats et pour évaluer la relation dose-effet entre l’oxygénothérapie et le risque de décès ; d’ici là, l’intérêt du recours à l’oxygène doit être évalué au cas par cas.

Pourquoi est-ce important ?

  • Un nombre croissant de publications souligne l’importance de l’ajustement individualisé de l’apport en oxygène permettant d’éviter les complications liées à l’hypoxémie mais aussi à l’hyperoxie.
  • Seule une méta-analyse conduite à partir d’études observationnelles a déjà décrit le sur-risque de mortalité associé à l’hyperoxie induite par l’oxygénothérapie chez des sujets gravement malades (arrêt cardiaque, traumatisme crânien, AVC). Un travail similaire était utile à conduire à partir d’études randomisées.

Principaux résultats

  • En moyenne, les 16.037 patients inclus dans l’étude étaient âgés de 64 ans, étaient des hommes dans 64% des cas et avaient été suivis durant 3 mois.
  • Les sujets ayant reçu une supplémentation libérale en oxygène (fraction inspirée FIO2 et durée médiane : 0,52 durant 8 heures) avaient un risque de mortalité à l'hôpital, à 30 jours et à l’issue du suivi plus élevé que ceux qui avaient reçu une oxygénothérapie conservatrice en oxygène (FIO2 : 0,21) ; le risque relatif de décès était respectivement de 1,21 ([1,03–1,43], I2=0%), 1,14 ([1,01–1,29], I2=0%) et 1,10 ([1,00–1,20], I2=0%).
  • Les résultats concernant la morbidité (risque d’infection nosocomiale, de pneumopathie acquise à l’hôpital, de handicap) étaient similaires dans les deux groupes.
  • Les analyses en sous-groupes et de sensibilité n’ont pas montré de conclusions différentes, selon que les sujets étaient ou non admis en soins intensifs ou selon la méthode de ventilation.

Méthodologie

  • La revue de la littérature a été conduite à partir de tous les essais contrôlés randomisés comparant une cible haute versus basse de l’oxygénation (considérées respectivement comme approche libérale versus conservative) chez les adultes gravement malades âgés de 18 ans ou plus et publiés avant novembre 2015.
  • Au total, 25 essais et 16.037 patients atteints de sepsis, d'une maladie grave, d'un accident vasculaire cérébral, d'un traumatisme, d'un infarctus du myocarde ou d'un arrêt cardiaque ou ayant bénéficié d’une intervention chirurgicale en urgence ont été inclus dans l’analyse.

Limitations

Variabilité des situations cliniques et de la définition des deux modes d’oxygénothérapie.