Un risque thromboembolique accru associé aux benzodiazépines et molécules apparentées

  • Chen TY & al.
  • J Thromb Haemost

  • Agnès Lara
  • Résumé d’article
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À retenir

  • Selon cette étude de registre taïwanaise menée auprès de patients ayant démarré un traitement par agonistes des récepteurs aux benzodiazépines (ARBZ) dans les 3 mois, le risque de thromboembolie veineuse (TEV) est presque doublé par rapport à des sujets n’ayant pas pris ce type de traitement, avec l’observation un effet dose-réponse.
  • Ce risque n’est pas retrouvé pour des prescriptions antérieures à cette période de 3 mois, suggérant un risque limité dans le temps, mais appelle à une plus grande vigilance au cours de la période suivant l’initiation du traitement. 
  • Ces résultats incitent aussi à utiliser des doses efficaces minimales, à prescrire avec précaution les benzodiazépines hypnotiques et surtout les associations de plusieurs ARBZ.

 

Pourquoi est-ce important ?

Le recours aux ARBZ tend globalement à augmenter, avec une prévalence annuelle de 5,2% aux États-Unis jusqu’à 22,2% à Taïwan. Quant à la France, elle se situe au deuxième rang de la consommation de benzodiazépines en Europe, juste après l’Espagne. Des études récentes ont suggéré que les ARBZ pourraient être associés à une augmentation du risque d’AVC et même de la mortalité. Mais il existe peu de données concernant le risque de TEV associé à ces molécules.

À partir des données de registres nationaux, une équipe taïwanaise a recherché s’il pouvait exister un lien entre ARBZ et le risque de TEV (thrombose veineuse ou embolie pulmonaire).

Méthodologie

Cette étude a pris en compte des patients ayant démarré un traitement par ARBZ cours des 3 mois ayant précédé la survenue d’un événement thromboembolique, entre janvier 2002 et décembre 2012, et les a comparés à des sujets contrôles (sans prescription d’ARBZ). L’association entre prise d’ARBZ et risque de TEV a été analysée, en tenant compte de la durée d’exposition au traitement, des doses et du type de molécule.

Résultats

  • Au total, 2.800 cas de TEV et 2.800 contrôles ont été appariés et analysés. Au cours de la période étudiée, la prise d’un traitement par ARBZ durant les trois derniers mois a pu être associée à la survenue de TEV, avec un risque multiplié par presque 2 (Odds ratio ajusté (ORa) 1,83 [1,62-2,06], p<0,001). ce risque était maximum en cas d’association d’ARBZ (ORa 2,49 [2,05-3,04]) et également plus important en cas de prise matin et soir que lorsqu’il n’y avait qu’une seule prise quotidienne (ORa 2,16 [1,47-3,18]) (p<0,001 pour tous). En revanche il n’était pas retrouvé chez les sujets qui avaient pris des ARBZ plus de 3 mois auparavant.
  • Ce risque accru de TEV était retrouvé quel que soit le type de molécule considéré : benzodiazépines (BZ) hypnotiques, BZ anxiolytiques et non-BZ. Mais il était plus marqué avec les benzodiazépines hypnotiques (ORa 2,00 [1,45-2,76]), qu’avec les hypnotiques non-benzodiazépines (ORa 1,39 [1,07-1,81]).
  • Il augmentait également avec le nombre de molécules et la dose, l’ORa allant de 1,56 [1,33-1,82] pour une molécule aux doses les plus faibles, à 2,87 [1,71-4,80] pour 2 molécules ou plus et les doses les plus élevées.
  • Lorsque le risque était analysé pour les différents ARBZ pris isolément, le flunitrazépam était associé au risque de TEV le plus élevé (ORa 2,99 [1,43-6,28]).