Un protocole officiel pour la prise en charge de la délétion 22q11

  • Véronique Canac

  • JIM Actualités médicales
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La délétion 22q11 est la perte d'une partie de la région 11.2 (région 1, bande 1, sous-bande 2) du bras long (q) du chromosome 22. Nommée aussi del 22q11, microdélétion 22q11.2 ou monosomie 22q11, elle provoque le syndrome de Di George, ou vélo-cardio-facial, encore appelé syndrome de Shprintzen, CATCH 22 ou syndrome cardio-facial de Cayler. Son incidence à la naissance est de 1/2000 à 1/4000.

Afin d'optimiser la démarche diagnostique et thérapeutique et le parcours de soins des patients atteints, un Protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) a été élaboré par le Centre de référence situé à Montpellier, selon la méthode de la Haute Autorité de Santé.

Plus de 180 signes et symptômes

Un document est nécessaire, car près de 180 signes et symptômes sont associés à la délétion 22q11. Les plus fréquents sont les suivants :

. cardiopathies congénitales, en particulier conotroncales (CIV, tétralogie de Fallot, atrésie pulmonaire, tronc artériel commun, interruption de l'arc aortique…),
. anomalies du palais (insuffisance vélo-pharyngée, fente palatine ou labio-palatine),
. hypocalcémies, surtout en période néonatale,
. déficit immunitaire,
. difficultés d'apprentissage et troubles du langage,
. aspect particulier du visage : allongé, nez long en bulbe et racine proéminente, fentes palpébrales larges et obliques, petites oreilles au lobule hypoplasique, adhérent ou absent, bouche étroite, retrognathisme, émail dentaire médiocre.

Parmi les autres signes éventuels, citons les troubles digestifs (dysphagie et reflux), auditifs, dentaires, opthalmologiques, génito-urinaires, squelettiques, endocriniens, immunitaires, des difficultés de la mémoire visuelle immédiate et des fonctions exécutives, des troubles psychologiques chez l'enfant (hyperactivité, troubles de l'attention…) et psychiatriques chez l'adolescent et l'adulte (schizophrénie).

Quelle évolution ?

Cette délétion survient accidentellement dans 90 % des cas ; un des parents est atteint dans 10 % des cas. Une personne porteuse a 50 % de risque de la transmettre à sa descendance.

Pendant la grossesse, des malformations cardiaques, vélo-palatines ou rénales doivent faire envisager un diagnostic prénatal. En période néonatale, le diagnostic sera évoqué devant les anomalies ci-dessus, une malformation laryngée, des difficultés de succion et des reflux récurrents par le nez, une hypocalcémie inexpliquée, un déficit immunitaire précoce (urgence absolue !).

Dès la petite enfance, les traits typiques du visage se révèlent, pouvant être associés à une insuffisance vélaire, des infections répétées des voies aériennes ainsi que des troubles du développement psychomoteur, du langage, des apprentissages et du parcours scolaire.

Pendant l'enfance et l'adolescence, aux troubles de la phonation et du langage (voix hypernasale, insuffisance vélaire), et aux difficultés d'apprentissage et sociales, peuvent s'ajouter des troubles du comportement ou psychiatriques. Une maladie de Parkinson peut survenir précocemment. À tout âge on peut observer une hypocalcémie (hypoparathyroïdie), des maladies auto-immunes et un développement cognitif évocateur. Toutefois, certains patients ont peu de symptômes.

Une prise en charge pluridisciplinaire

Le diagnostic est confirmé par l'identification de la délétion 22q11.2 par un caryotype avec une analyse ciblée en FISH (Fluorescent In Situ Hybridization) et surtout par un caryotype moléculaire (puce ADN ou ACPA).

La prise en charge du patient repose sur une coopération pluridisciplinaire, coordonnée si possible par des médecins d'un centre de référence. Le médecin généraliste, en particulier, est primordial pour le suivi des adultes. Ce PNDS est un guide essentiel.