Un programme d’échange de seringues en prison avant le printemps ? Sans doute pas...

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Paris, le mercredi 11 janvier 2016 - Les programmes de réductions des risques (RdR) associés à l'usage de drogues impliquent une posture pragmatique vis-à-vis de l'interdiction de la consommation de drogues. Il est nécessaire de considérer que l'urgence sanitaire doit primer sur la nécessité de faire respecter la prohibition imposée par la loi. Difficilement, cette appréhension de la situation a su s'imposer. Ainsi, des traitements de substitutions aux opiacés et des programmes d'échanges de seringues ont-ils été mis en place depuis plusieurs décennies et avec succès.

Traitements de substitutions aux opiacés : des avancées certaines

La situation connaît quelques limites en prison. D'importantes avancées ont été réalisées en ce qui concerne l'accès aux traitements de substitution aux opiacés (TSO) qui concernaient 9 % des détenus en 2010 selon l'INSERM. Ces médicaments sont disponibles dans toutes les UCSA (Unités de consultations et de soins ambulatoires). Cependant, dans certains établissements, les prisonniers n'ont pas le choix entre méthadone ou buprénorphine. Selon l'enquête Prévention du risque infectieux dans les prisons françaises (Pri2de) publiée en 2011 par l'INSERM et l'InVS, dans 22 % des prisons à l'époque, seule la buprénorphine était accessible, quand 23 % d'autres établissements avaient fait le choix de n'utiliser que la méthadone.

Programmes d'échanges des seringues : une longue opposition

L'accès aux TSO ne permet pas d'écarter totalement la pratique de l'injection. D'abord parce que ces traitements sont parfois détournés pour être injectés. Ensuite, parce qu'en dépit de contrôles, d'autres drogues circulent en prison. Face à cette situation, des solutions pour réduire les risques associés à l'injection sont prônées de longue date. Des associations de lutte contre le Sida (telles Act up ou Aides) ou des groupes dédiés à la lutte contre les addictions plaident notamment pour la mise en place de programmes d'échanges de seringues en prison. Cependant, cette idée suscite une réticence marquée depuis de nombreuses années.

Déjà en 1996, le professeur Marc Gentilini avait écarté cette option au profit d'une proposition plus consensuelle : la distribution d'eau de Javel pour stériliser les matériels. Non contente d'être d'une efficacité restreinte, cette méthode n'est que peu employée par les établissements pénitentiaires qui selon l'étude Pri2de ne sont que 36 % à assurer ponctuellement des distributions d'eau de Javel. Aussi, les programmes d'échange de seringue ont continué à être prônés, tandis que l'épidémie d'hépatite C parmi les prisonniers ne cessait de progresser (les taux d'infection par le VIH et le VHB sont également bien plus élevés que dans la population générale). Cette préconisation s'appuie sur les exemples étrangers encourageants. Douze pays européens ont mis en place des programmes partiels d'échange de seringues en milieu carcéral. Un seul pays, l'Allemagne, a choisi de suspendre les expérimentations et trois ont généralisé les dispositifs. Les résultats étrangers (et au-delà de l'expérience des pays européens s'ajoute celle du Canada) sont rassurants quant au risque d'utilisation de seringues comme "arme", qui est une des craintes fr...