Un nouvel arbovirus en Camargue ?

  • Pérot P & al.
  • Clin Infect Dis
  • 9 juin 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Les encéphalites humaines sont des affections graves, potentiellement mortelles, et dont l’origine est le plus souvent virale. Cependant, l’étiologie n’est pas toujours établie. Par ailleurs, de nouveaux pathogènes sont régulièrement identifiés, et notamment des arbovirus neurotropes dont l’émergence est favorisée par le changement climatique et la mobilité, à l’image du récent flavovirus Usutu qui se développe depuis peu en Europe. Clinical Infectious Diseases publie des travaux suggérant la présence d’un orthobunyavirus potentiellement transmis par les moustiques dans la région de la Camargue et qui a été identifiée post-mortem chez deux patients immunodéprimés. Ce travail est issu d’une collaboration entre de nombreuses équipes cliniques et de recherche françaises. Le suivi des patients, les analyses biologiques et d’imagerie, ainsi que les analyses post-mortem sont rapportés dans la publication.

Une arbovirose potentiellement transmise par le genre Culex 

Le premier cas est un jeune homme de 21 ans présentant une immunodéficience liée à l’X, le second une femme de 58 ans présentant un désordre immunitaire complexe (antécédents de lymphome et hépatite auto-immune notamment). Les deux patients ont présenté des symptômes inauguraux de type troubles de la conscience pour l’un, ralentissement psychomoteur pour l’autre, puis des signes neurologiques de type syndrome extrapyramidal et troubles de la déglutition liés à une atteinte des noyaux gris centraux et du tronc cérébral. Le premier n’avait jamais résidé hors de France mais tous deux avaient séjourné dans le sud avant l'apparition des symptômes. Dans les deux cas, il n'y avait pas de fièvre et l’analyse du liquide céphalo-rachidien (LCR) était normal ou subnormal (légère hypercytose). La maladie de Creutzfeld-Jacob a été suspectée et l’évolution de l’encéphalite a été fatale après respectivement 2,5 et 5,5 mois.

Les analyses, notamment celles menées par hybridation in situ et RT-PCR, ont écarté les pathogènes potentiellement suspectés et ont permis d’identifier des taux élevés de virus Umbre au niveau neuronal. En revanche, il n’a pas été mis en évidence dans le LCR. De plus, des séquences virales liées au virus Koongol, un autre orthobunyavirus proche du virus Umbre, ont été retrouvés dans des moustiques Culex capturés en Camargue mais non parmi une cohorte d’individus sains de Camargue. Le statut d’immunodépression pourrait être déterminant dans l’observation liée aux deux cas rapportés ici.

Le virus Umbre est un virus du genre Orthobunyavirus qui a été identifié chez les moustiques Culex dans les années 1950 en Inde et le virus Koongol apparenté l’a été en Australie dans les années 1970. Ces virus ont été classés comme arbovirus probables par le CDC américain. Cette étude suggère pour la première fois que des cas humains d'infection cérébrale pourraient être liés à ces virus.

Selon les auteurs, l’arbovirus devrait être ajouté à la liste de ceux qui sont recherchés en routine face à une encéphalite d'étiologie non identifiée, en particulier dans un contexte de suppression immunitaire.