Un jour vous prescrirez peut-être le jeûne intermittent

  • de Cabo R & al.
  • N Engl J Med
  • 26 déc. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les premières descriptions d’un bénéfice du jeûne sur la santé sont apparues dès 1997, avec les résultats d’une étude sur modèle animal, suggérant que la réduction calorique pouvait diminuer la production de radicaux libres oxygénés nocifs pour la santé et impacter favorablement la durée de vie. Au cours du jeûne, la cétogenèse se met en route, et cette transition métabolique du glucose hépatique aux dérivés cétoniques des cellules adipeuses est au cœur de ce phénomène. Le bénéfice du jeûne intermittent se prolongerait après son arrêt, en suscitant une réponse cellulaire adaptative intégrée aux organes. Une revue de la littérature publiée dans The New England Journal of Medicine a fait le point des données disponibles chez l’animal et chez l’être humain à ce sujet. 

  • Il faut attendre 8 à 12 heures après le début du jeûne pour que le taux de corps cétoniques augmente et 24 heures pour qu’il atteigne des niveaux importants.
  • Les jeûnes intermittents les plus étudiés chez l’homme sont 5:2 (2 jours de jeûne chaque semaine), 6:1 (un jour de jeûne chaque semaine). Le schéma 5:2 peut être progressif et doit s’envisager avec l’accompagnement d’un diététicien ou d’un médecin nutritionniste. Celui-ci s’appuie sur la consommation de 900 à 1.000 calories par jour 1 jour par semaine pour le 1er mois, puis 2 jours par semaine le second mois, suivi de réduction supplémentaire à 750 calories 2 jours par semaine pour le 3ème mois et 500 calories 2 jours par semaine le 4mois.
  • L’action du jeûne intermittent serait indépendant de son bénéfice sur le poids. Il agirait en stimulant les réponses adaptatives au stress oxydant, traumatique, protéotoxique, en inhibant la voie de synthèse des protéines mTOR, en              favorisant l’élimination des protéines et mitochondries endommagées par l’oxydation et en favorisant le recyclage des constituants moléculaires. Ces voies sont souvent dérégulées chez les sujets en surpoids ou sédentaires. Si certaines études suggèrent que le jeûne aurait un certain nombre de bénéfices sur les paramètres de bonne santé, toutes ne le supportent pas.
  • Les bénéfices sur les paramètres biologiques sont probants (taux de lipides, fréquence cardiaque au repos, taux de glucose, insuline, insulino-résistance), mais la réduction de la mortalité n’est pas toujours significative. 
  • Du côté du cerveau, les études sur l’animal ont montré que le jeûne intermittent améliorerait la cognition sur plusieurs axes, notamment la mémoire spatiale et associative. Une étude a montré que le jeûne 5:2 et la réduction calorique quotidienne suffiraient à inverser les effets néfastes de l’obésité, du diabète et de la neuro-inflammation sur l’apprentissage spatial et la mémoire.
  • De nombreuses études s’intéressent à l’impact du jeûne sur le cancer. Des travaux ont mis en évidence une réduction des voies de signalisation liées à l’insuline et aux facteurs de croissance suggérant un bénéfice pour lutter contre le cancer. Le jeûne dans un contexte de chimiothérapie fait l’objet d’évaluations notamment dans les cancers du sein, des ovaires, de la prostate, de l’endomètre, du colon-rectum ainsi que les glioblastomes. En revanche, aucune étude ne s’intéresse encore à l’influence du jeûne sur la récidive de cancer.
  • D’autres bénéfices du jeûne commencent à émerger, notamment dans l’asthme chez les sujets obèses, la sclérose en plaque, la polyarthrite rhumatoïde, ainsi qu’en phase pré-opératoire pour réduire les dommages tissulaires et l’inflammation, 
  • La sensation de faim, ainsi que l’irritabilité et la réduction des capacités de concentrations ressenties lors du jeûne disparaitraient après un mois.

Ces nombreux avantages thérapeutiques pré-supposés restent cependant à être confirmés par des études de bonne qualité. Par ailleurs, même s’il s’avérait efficace, le jeûne peut se heurter à certaines réticences culturelles. Il peut engendrer des déséquilibres nutritionnels, et devra donc être mis en place en association avec un diététicien ou un médecin nutritionniste.