Un effet protecteur de l’exposition prénatale à l’acide folique sur le risque de troubles psychotiques à l’adolescence

  • Eryilmaz H & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 3 juil. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

L’analyse de 3 cohortes américaines indépendantes a été menée chez des enfants de 8 à 18 ans avant et après la mise en place de la réglementation rendant obligatoire l’enrichissement des farines en acide folique. Elle montre qu’une exposition gestationnelle à cette vitamine est associée à une réduction des anomalies du développement cortical et également à un moindre risque de psychose chez les enfants et adolescents. Ces résultats suggèrent que l’effet protecteur d’une exposition prénatale à l’acide folique va bien au-delà d’une diminution du risque d’anomalie du tube neural et qu’il impacte aussi le développement cérébral à plus long terme chez les enfants et adolescents, peut-être par la modulation de gènes spécifiques. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Plusieurs études sérieuses ont établi que l’enrichissement en acide folique des farines de blé et de maïs permettait de réduire la fréquence des naissances présentant des anomalies du tube neural et d’autres anomalies congénitales. Les États Unis et le Canada l’ont rendu obligatoire depuis le premier janvier 1998. Cette mesure a ensuite été reprise par la plupart des pays d’Amérique du Sud et Centrale et est à ce jour présente dans 81 pays. Envisagée en France, elle n’a pas encore été mise en œuvre bien que la supplémentation périconceptionnelle se montre parfois insuffisante (1). Au-delà des anomalies neurologiques, se pose la question de l’influence de l’exposition au folate sur le développement du cerveau durant l’adolescence et chez le jeune adulte, période durant laquelle surviennent préférentiellement les troubles psychiatriques. Une étude américaine a évalué l’association entre exposition fœtale à l’acide folique et risque psychiatrique durant l’enfance et l’adolescence, avant et après la mise en place de la réglementation.

Méthodologie

Cette étude de cohorte rétrospective observationnelle a été conduite dans un hôpital du Massachussetts auprès d’enfants de 8 à 18 ans nés entre 1993 et 2001, et disposant de données d’IRM (cohorte MGH). 

Un affinement tardif du cortex au cours du développement cérébral étant associé à un moindre risque de survenue de troubles psychiatriques, l’épaisseur corticale de ces enfants et adolescents a été évaluée après ajustement sur l’âge, selon qu’ils avaient été exposés, partiellement exposés ou pleinement exposés à une supplémentation en acide folique durant la gestation. 

Les résultats ont ensuite été confirmés au sein de deux cohortes indépendantes : la cohorte NIH (National Institute of Health Magnetic Resonance Imaging Study of Normal Brain Development, 1983-1995) comprenant uniquement des sujets nés avant la mise en œuvre de l’enrichissement des farines, et la cohorte PNC (Philadelphia Neurodevelopmental Cohort, 1992-2003, 861 sujets de 8 à 18 ans) comprenant des sujets nés avant et après la mise en place de cette mesure, et qui disposaient de données cliniques standardisées concernant le développement des enfants et adolescents.

Les sujets qui présentaient des anomalies neurologiques étaient exclus.

Résultats

  • Les résultats d’IRM de 292 sujets de la cohorte MGH ont pu être analysés. Pour 97 d’entre eux, l’enrichissement des farines n’avaient pas encore été mis en place et ils n’avaient donc pas été exposés au folate durant leur développement fœtal (sujets non exposés). Pour 96 autres, la mesure était en cours au moment de la grossesse (sujets partiellement exposés) et pour 99 d’entre eux la mesure était déjà effective durant la grossesse (sujets pleinement exposés).
  • Les résultats d’IRM indiquent que, dans chaque groupe d’âge, l’exposition au folate est associée à une épaisseur significativement plus importante du cortex dans les régions frontales et temporales, de façon bilatérale (+9,9 à 11,6%), ainsi qu’à un amincissement du cortex à un âge plus tardif dans les régions temporales et pariétales par rapport aux sujets non exposés. Des résultats intermédiaires ont été retrouvés dans le groupe des sujets partiellement exposés, suggérant une association dose-réponse.
  • Ces résultats ont pu être répliqués dans la cohorte contemporaine PNC (mêmes régions concernées et survenue de l’affinement cortical à un âge plus tardif avec un délai similaire).
  • Un profil d’amincissement cortical moins rapide avec l’âge était associé à un risque réduit de troubles psychotiques dans cette cohorte.
  • Chez les sujets non exposés de la cohorte NIH, ces différentes régions montraient au contraire un affinement plus précoce.

 

 

1. Morris JK et al. Prevention of neural tube defects in the UK: a missed opportunity. Arch Dis Child2016;101:604–607, published online 17 december 2015. Doi:10.1136/archdischild-2015-309226.