Un argument fort pour l’obligation d’affichage du Nutri-Score sur les emballages alimentaires


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Les logos nutritionnels appliqués sur les emballages des aliments sont un des moyens préconisés pour améliorer le régime alimentaire des populations. Bien qu’il ait été prouvé qu’ils pouvaient orienter efficacement les choix d’achats des consommateurs, aucune étude n’avait évalué leur impact sur la mortalité des maladies chroniques non transmissibles, dont le régime alimentaire est un des principaux facteurs. C’est pourquoi l’EREN (Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle), associant trois agences de santé, le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) et l’Université Paris 13, a lancé une étude portant sur cinq de ces logos.

Pour la population française, tous seraient efficaces sur la mortalité associée au régime alimentaire s’ils étaient rendus obligatoires. Le plus performant est le Nutri-Score qui décline la qualité nutritionnelle des aliments en 5 codes couleur : il pourrait faire baisser cette mortalité de 3,4%, soit 6.636 à 8.732 décès en moins chaque année. La performance de ce score est sans doute associée à sa très grande facilité de lecture. Il est suivi par le Health Star Rating (2,8%), de conception proche de celle du Nutri-Score et utilisé en Australie et Nouvelle Zélande, le Reference Intake (1,9%) et le Multiple Traffic Lights (1,6%), utilisés en Grande-Bretagne, qui associent un code couleur à certains nutriments, et enfin par le SENS (1,1% – Système d’étiquetage nutritionnel simplifié), indiquant des fréquences de consommation conseillées et privilégié par la Fédération française du commerce et de la distribution.

Pour montrer cela, l’équipe a procédé en deux temps. Elle a d’abord utilisé les données d’une étude expérimentale d’achats simulés par 691 consommateurs, en deux vagues, la première sans logo nutritionnel, la seconde avec logo sur tous les aliments. La qualité nutritionnelle des aliments achetés (calories, lipides, sucres, acides gras saturés, fibres, sel, fruits et légumes) a été calculée. Elle était améliorée dans la deuxième vague. Ensuite, la différence de qualité pour chaque logo a été appliquée à des volontaires issus de la cohorte NutriNet Santé acceptant de déclarer leurs consommations alimentaires sur quelques périodes de temps, leurs achats se faisant parmi des aliments dépourvus de logo. La mortalité avec logo a été estimée au moyen d’un modèle PRIME (Preventable Risk Integrated ModEl).

Les auteurs pointent différentes limites à leur travail : les données expérimentales de départ portent sur une période courte, la population des volontaires de la cohorte n’est pas représentative de la population française, l’utilisation du modèle PRIME doit être prudente, ce modèle souffrant notamment de la faiblesse des données évaluant le risque relatif de mortalité pour chaque maladie chronique et de la difficulté à estimer l’importance des divers facteurs de risque impliqués. Néanmoins, les résultats plaident en faveur de l’obligation d’affichage d’un logo nutritionnel, en particulier le Nutri-Score, alors qu’actuellement il n’est présent que sur un peu plus du cinquième des aliments commercialisés.