UEGW : De l’interaction entre médicaments et microbiote

  • Dr Dominique-Jean Bouilliez

  • JIM Actualités des congrès
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La composition du microbiote intestinal humain est influencée par de nombreux facteurs, y compris les médicaments. De plus, de nombreuses études ont montré que l'écosystème intestinal joue un rôle essentiel dans les réponses aux médicaments et donc en ce qui concerne leur efficacité, comme c'est le cas par exemple avec les inhibiteurs de point de contrôle. Pour mieux comprendre ces interactions médicament-microbiote dans le contexte de polymédications, une équipe néerlandaise a étudié les relations entre les médicaments utilisés et les modifications du microbiote dans la population générale et chez des patients atteints de troubles gastro-intestinaux (syndrome de l'intestin irritable [SII] et maladie inflammatoire du côlon et de l'intestin [MICI]. Ils ont pour ce faire effectué le séquençage métagénomique de 1 883 échantillons frais de matières fécales congelées provenant de trois cohortes : une cohorte de patients sains, une cohorte de patients avec MICI et une cohorte de patients avec SII. Au sein de chaque cohorte, les différences du microbiote intestinale ont été étudiées selon la prise ou non de médicaments appartenant à 41 classes thérapeutiques en monothérapie ou/et en combinaison.

Parmi toutes les classes médicamenteuses étudiées, 18 ont été associées à une modification de composition et/ou de fonction du microbiote intestinal. Les impacts les plus importants ont été retrouvés avec les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), la metformine, les antibiotiques et les laxatifs. Après ajustement en fonction de la polymédication, 7 classes se sont avérées associées de manière significative à des changements dans 46 taxons et voies métaboliques.

On note ainsi qu'une augmentation des Eubacterium ramulus (une bactérie potentiellement pathogène) est associée à l'utilisation d'ISRS (inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine) tandis que le microbiote intestinal des utilisateurs d'IPP caractérise par une augmentation de l'abondance des bactéries du tractus gastro-intestinal supérieur et par l'augmentation des voies de biosynthèse des acides gras (principalement générée par l'augmentation des espèces de Streptococcus dans les selles des consommateurs d'IPP). Chez les utilisateurs de metformine, c'est un enrichissement des voies métaboliques liées à Escherichia coli (le plus souvent pathogène) qui a été observé. L'usage de corticostéroïdes oraux a, de son côté, été associé à un enrichissement en bactéries méthanogènes, bactéries associées à l'obésité et à une augmentation de l'IMC, un effet secondaire classique de la corticothérapie. Enfin, l'équipe néerlandaise a identifié une augmentation des mécanismes de résistance aux antibiotiques liés à huit différentes catégories de médicaments.

« Cette étude ouvre la porte à la reconnaissance des modifications du microbiote dans la genèse des effets iatrogènes de nombreux médicaments » concluent les chercheurs.