Tumeurs cérébrales : quels sont les facteurs de risque environnementaux suspectés ?

  • Vienne-Jumeau V et al.
  • Revue Neurologique
  • 13 sept. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette revue de la littérature indique les principaux facteurs environnementaux en lien ou possiblement en lien avec le risque de développement de tumeurs cérébrales primaires. Elle fait notamment apparaître que :
  • La consommation de charcuterie, riche en composés nitroso, chez les femmes enceintes a été associée à une augmentation du risque de tumeur cérébrale chez l’enfant, incitant à limiter cette consommation durant la grossesse. 
  • Les agriculteurs, et en particulier les viticulteurs, exposés aux pesticides, ont également un risque accru et doivent être encouragés à se protéger.
  • La pollution atmosphérique, notamment les particules PM2,5,peut aussi augmenter ce risque et doit être prise en compte par les pouvoirs publics.
  • L’exposition à long terme aux ondes électromagnétiques émises par les téléphones portables constitue une source de préoccupation, mais seul le lien avec le risque de neurinome acoustique a pour l’heure été clairement établi.

 

 

Bien que rare, l’incidence des tumeurs cérébrales primaires est en augmentation croissante dans les pays européens, mais les facteurs étiologiques restent encore méconnus. Parmi les facteurs environnementaux, les radiations ionisantes ont été reconnues comme agent cancérogène par l’Agence Internationale de Recherche sur la Cancer (IARC). Mais d’autres facteurs environnementaux entrent probablement en ligne de compte, aussi des chercheurs travaillant au sein de plusieurs services de santé des armées parisiens ont-ils mené une revue de la littérature sur le sujet, afin d’obtenir une vue plus globale de la question.

Un risque accru chez les enfants exposés aux composés nitroso in utero

L’exposition aux composés Nitroso (ou NOC, formés à partir des dérivés nitrés), classés comme carcinogènes probables par l’IARC, a montré qu’elle pouvait augmenter le risque de développement de tumeurs cérébrales chez l’animal. Parmi ces composés on trouve les nitrosamines notamment, présentes dans la fumée du tabac, les cosmétiques, les habillages intérieurs de voiture, la charcuterie, mais aussi les sucettes et tétines en caoutchouc pour les enfants et certains médicaments. Chez l’homme, plusieurs études ont exploré l’association entre exposition maternelle via l’alimentation durant la grossesse et risque de tumeur cérébrale chez l’enfant. Une récente étude internationale regroupant 9 études cas-contrôles et représentant 1.282 cas dans 7 pays a rapporté une augmentation du risque de toutes les tumeurs cérébrales (odds ratio de 1,5 [1,1-2,1]), et en particulier des tumeurs astrocytaires (OR de 1,8 [1,2-2,6]), entre les enfants des quartiles les plus et les moins exposés. La consommation de charcuterie devrait donc être limitée chez les femmes enceintes.

L’exposition aux pesticides, un facteur de risque probable chez les agriculteurs

L’incidence plus élevée de cancer chez les agriculteurs a amené à suspecter les pesticides. Ceux à base d’arsenic ont été classés par l’IARC comme cancérogènes certains. D’autres pesticides non arsenicaux comme le glyphosate, le diazinon ou le malathion ont été classés comme cancérigènes probables. Une étude de cohorte réalisée auprès de 200.000 agriculteurs français a effectivement montré un doublement du risque de tumeur cérébrale chez les utilisateurs directs de pesticides (HR 1,96 [1,11-3,47]), les localisations tumorales variant avec le type de culture ou d’élevage. Les pesticides utilisés en viticulture ont en particulier été pointés du doigt par plusieurs études. Deux études cas-témoins françaises ont également identifié un risque de tumeur cérébrale chez les enfants dont les mères avaient utilisé des insecticides à leur domicile durant leur grossesse (OR 1,4 [1,2-1,8]). Cependant, les résultats de nombreuses études concernant l’exposition aux pesticides restent discutés en raison de faiblesses méthodologiques.

Un risque tangible lié à l’exposition aux particules atmosphériques

Plusieurs polluants de l’air extérieur ont été reconnus comme cancérogènes par l’IARC, mais seules quelques études épidémiologiques ont exploré le lien avec la survenue de tumeurs cérébrales et leurs résultats ne sont pas concordants. L’étude European Study of Cohorts for Air Pollution Effects a montré une association robuste entre la pollution atmosphérique liée au trafic routier, l’absorption de particules PM2,5et le risque de tumeurs cérébrales, alors que des résultats contradictoires ont été obtenus pour l’exposition au dioxyde d’azote.

Des sources d’inquiétude quant à l’exposition aux ondes des téléphones portables

Émises par les téléphones portables, les fours à micro-ondes, le wifi..., les ondes électromagnétiques sont partout. De nombreuses études précliniques et cliniques ont fait état d’un possible lien entre utilisation des téléphones portables et le risque de tumeurs du système nerveux central (SNC - gliome, méningiome ou neurinome acoustique). Plusieurs méta-analyses et études publiées sur le sujet ont fait apparaître une association entre exposition unilatérale prolongée au téléphone portable (au moins 10 ans) et risque de gliome ou de neurinome acoustique, mais pas de méningiome, les tumeurs survenant dans les zones les plus exposées (lobe temporal et avoisinant). Cependant, l’exposition reste difficile à évaluer car elle diffère fortement selon le profil d’utilisation ou encore le type et de la génération du téléphone. Au final, seule l’association entre usage du téléphone portable et neurinome acoustique dispose de preuves tangibles. Par ailleurs, l’exposition des enfants a été jusque là encore peu explorée.