Tuberculose : qui vacciner ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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À retenir :

  • La tuberculose est en train de devenir une maladie rare en France (7,6 cas pour 100.000 habitants en 2018)
  • Cependant, cette faible incidence masque des disparités populationnelles (taux de déclaration particulièrement élevé chez les migrants, les sans domicile fixe et les détenus) et territoriales (taux plus élevés en Guyane, en Île-de-France et à Mayotte)
  • L’approche préventive et thérapeutique doit être populationnelle, en allant de façon active vers les groupes les plus exposés
  • Les enfants sont particulièrement à risque de développer des formes graves : la vaccination n’est plus obligatoire, mais fortement recommandée pour ceux exposés à un risque élevé

Santé publique France vient de publier un nouveau Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consacré à la tuberculose. Il confirme que cette infection est en train de devenir une maladie rare en France avec 5.092 cas déclarés en 2018, soit 7,6 pour 100.000 habitants. Cependant, cette faible incidence nationale masque des disparités populationnelles et territoriales :

  • Les taux de déclaration les plus élevés ont été observés en Guyane (25,7/100.000), en Île-de-France (16,1/100.000) et à Mayotte (11,5/100.000).
  • Le taux de déclaration était près de 17 fois plus important chez les personnes nées à l’étranger que chez celles nées en France. Cela semble s’expliquer par la réactivation d’une infection tuberculeuse acquise dans un pays de forte endémie, favorisée probablement par le parcours migratoire et par les conditions de vie dans le pays d’accueil.
  • Le taux de déclaration était de 249/100.000 dans la population sans domicile fixe et de 76/100.000 chez les détenus.

La région Île-de-France concentre à elle seule plus d’un tiers des cas déclarés (n=1.956) avec une incidence particulièrement élevée dans certains départements comme la Seine-Saint-Denis (23,6/100.000) et, dans une moindre mesure, Paris (19,1/100.000) et le Val-de-Marne (18,7/100.000).

Il convient donc de rester vigilant face à la concentration de la maladie dans certains groupes de population, qui cumulent conditions de vie précaires et difficultés d’accès aux soins. L’approche doit être populationnelle, en allant de façon active vers les groupes les plus exposés, en adaptant les actions de prévention et de prise en charge à ces situations spécifiques.

Les enfants sont particulièrement à risque de développer des formes graves pouvant conduire à des séquelles voire au décès. En 2018, huit cas de formes méningées ou miliaires ont été notifiés chez les enfants de moins de 15 ans : deux étaient âgés de moins d’1 an et six avaient plus de 5 ans. Quatre étaient nés en France et quatre à l’étranger. Trois résidaient en Île-de-France et cinq en France métropolitaine hors Île-de-France. Concernant leur statut vaccinal, trois cas correspondaient à des échecs vaccinaux, deux n’étaient pas vaccinés mais ne faisaient pas partie des indications vaccinales et un cas était considéré comme potentiellement évitable par la stratégie actuelle de vaccination BCG, c’est-à-dire qu’il n’a pas été vacciné alors qu’il faisait partie des indications vaccinales. Deux cas avaient un statut vaccinal inconnu.

La vaccination par le BCG des enfants et des adolescents n’est plus obligatoire en France depuis 2007 et ne peut donc plus être exigée à l’entrée en collectivité. De même, elle n'est plus exigée lors de la formation ou de l’embauche des professionnels du secteur sanitaire et social depuis le 1er avril 2019. En revanche, elle est fortement recommandée pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose dans leur entourage ou leur environnement. Dans ce cas, la vaccination est recommandée à partir de l’âge de 1 mois, idéalement au cours du 2ème mois. Toutefois, pour les enfants originaires de Guyane, de Mayotte ou ayant un membre de l’entourage atteint d’une tuberculose récente (moins de 5 ans), la vaccination est recommandée avant la sortie de la maternité. Le vaccin peut être co-administré avec les vaccins prévus à l’âge de 2 mois. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans.

D’après les dernières recommandations vaccinales, les enfants considérés comme étant à risque élevé de tuberculose sont ceux qui répondent au moins à l’un des critères suivants :

  • Être né dans un pays de forte endémie tuberculeuse ou avoir au moins l’un de ses parents originaire de l’un de ces pays ;
  • Devoir séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ;
  • Avoir un antécédent familial de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ;
  • Résider en Île-de-France, en Guyane ou à Mayotte ;
  • Être dans toute situation jugée par le médecin comme étant à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment vivre dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socioéconomiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la Protection universelle maladie ou de la Couverture et de la Complémentaire santé solidaire) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.

On peut noter que le Vaccin BCG AJVaccines® (anciennement dénommé Vaccin BCG SSI®) n’est actuellement pas disponible en ville. Il est distribué uniquement dans les centres de vaccinations, les services de PMI et les Centres de lutte contre la tuberculose (CLAT).