Tuberculose multirésistante : sécurité de l’association bédaquiline-délamanide

  • Huerga H & al.
  • Clin Infect Dis

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon les données de l’étude observationnelle EndTB menée chez des patients ayant une tuberculose (TB) multirésistante à la rifampicine, une association bédaquiline-délamanide ne conduit pas à des signaux de gravité spécifiques à cette combinaison.

  • Les neuropathies périphériques sont surtout liées au linézolide pris concomitamment, tandis que les évènements cardiaques sont peu nombreux et ont tous été résolus sans séquelles.

  • Les auteurs estiment que le risque perçu de cardiotoxicité de l’association est probablement surévalué et qu’il convient plus volontiers de surveiller d’autres évènements comme la neuropathie périphérique, l'insuffisance rénale ou la déplétion électrolytique.

Pourquoi est-ce important ?

La bédaquiline (Bdq) et le délamanide (Dlm) sont deux molécules antituberculeuses qui ont été enregistrées par l’Agence européenne du médicament en 2014. Elles constituent des options intéressantes pour les formes les plus résistantes de TB. Cependant, les modalités de leur utilisation restent encore à définir. Plusieurs études cliniques sont conduites sur le plan international pour mieux en encadrer l’usage, et éventuellement les combiner. C’est notamment le cas de l’étude clinique EndTB. Cependant, des questions relatives au rapport risque/bénéfice de cette bithérapie ont émergé par ailleurs dans le traitement de la tuberculose multirésistante à la rifampicine (MDR/RR-TB), avec des inquiétudes sur le plan de la cardiotoxicité. Les investigateurs de l’étude EndTB ont donc souhaité profiter de leurs données pour avoir des données sur une cohorte large et multicentrique issue de 14 pays participants.

Méthodologie

L’étude observationnelle prospective multicentrique qui a été conduite a recruté consécutivement des patients atteints de TB-MR/RR entre 2015 et 2018, qui ont été traités selon les recommandations en vigueur au moment de leur recrutement et qui ont été suivis jusqu'à la fin du traitement via des consultations médicales régulières.

Principaux résultats

Parmi les 2.731 patients inclus dans EndTB, 472 ont reçu une association de Bdq et Dlm (âge moyen 36 ans, 61,2% d’hommes). Pour la majorité d’entre eux (59,1%), la combinaison a été administrée pendant plus de 6 mois (médiane 8 mois). Pour la plupart, ce traitement était aussi associé au linézolide (89,6%) ou à la clofazimine (84,5%). Les trois quarts avaient une tuberculose résistante aux fluoroquinolones. Une aminoglycoside ou un polypeptide injectable a aussi été utilisé de façon concomitante chez 17,4% des patients.

La plupart des évènements indésirables cliniquement pertinents sont survenus au cours des 2 à 4 premiers mois de traitement. Les évènements indésirables d'intérêt particulier (nécessitant une surveillance) étaient la neuropathie périphérique (28,4%), souvent associée au linézolide, et la déplétion électrolytique (19,9%), souvent associée aux agents injectables. Alors que la majorité des neuropathies périphériques étaient de faible sévérité, elles avaient pour la plupart des séquelles persistantes. L’atteinte rénale aiguë et la myélosuppression concernaient respectivement 8,5% et 5,1% de cette cohorte. Par ailleurs, un allongement de l'intervalle QT est survenu chez 1,5% des patients. Il était majoritairement associé à la clofazimine, à la bédaquiline, aux fluoroquinolones et à la delamanide. Tous ces épisodes ont été résolus sans séquelles.

Les patients sous combinaison Bdq -Dlm au début du traitement antituberculeux avaient des profils de sécurité similaires à celui relevé chez ceux ayant reçu les deux médicaments au cours du traitement.