Tuberculose multirésistante dans l’est du pays

  • Gaborit BJ et al.
  • Medecine et Maladie infectieuses
  • 10 oct. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Actualités Médicales
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À retenir

Une étude cas-témoins a recensé les cas de tuberculose multirésistante (TBM) diagnostiqués entre 2002 et 2013, afin d’en identifier les facteurs de risque et d’analyser leur prise en charge. L’incidence augmente dans l’est de la France depuis une dizaine d’années, en lien avec l’arrivée de migrants en provenance de zones endémiques. Les patients les plus à risque de TBM sont des hommes jeunes, arrivés depuis peu sur le territoire français et ayant eu des contacts avec d’autres sujets tuberculeux ou ayant déjà eu des échecs de traitements. Une guérison est généralement obtenue avec des traitements adaptés à la sensibilité de la souche incriminée. 

Une problématique inquiétante dans l’est de la France

La tuberculose reste la seconde cause de mortalité par maladie infectieuse dans le monde après le Sida. Une détection précoce représente la pierre angulaire de la prise en charge afin d’éviter l’apparition de souches résistantes ou hautement résistantes. En France, 40 à 80 cas de TBM sont diagnostiqués chaque année, et une augmentation inquiétante de l’incidence est observée dans l’est du pays. Des chercheurs français ont donc étudié les caractéristiques sociodémographiques et cliniques de tous les cas de TBM survenus au cours de la période étudiée (résistant au moins à l’isoniazide et la rifampicine) et les ont comparés à des cas de tuberculose sensibles aux antibiotiques classiques, afin d’en identifier les facteurs de risque.

Des multirésistances plus fréquentes chez les migrants d’Europe de l’Est

Parmi les patients hospitalisés pour une tuberculose au cours de cette période, 44 étaient porteurs de souches multirésistantes, dont 9 étaient ultra-résistantes (XDR, c’est-à-dire comportant en plus des résistances aux fluoroquinolones et aux antibiotiques injectables). Les porteurs de ces souches multirésistantes étaient le plus souvent des hommes (75%), jeunes (33 ans d’âge médian), nés en Europe de l’Est (61%, Géorgie notamment) et arrivés récemment en France depuis un pays à haut risque. La majorité d’entre eux avaient déjà eu un diagnostic de TBM ou d’échec de traitement.

En analyse univariée, une immigration récente (dans les deux ans) depuis une région à risque, des antécédents d’incarcération ou d’abus de substances, ou encore des conditions de vie précaires, ont été associés à un risque accru de TBM (Odds ratio (OR) de 7,80, 6,37, 4,1 et 2,7 respectivement). En analyse multivariée, des antécédents de tuberculose et une exposition à des sujets contaminés, souvent en lien avec une immigration récente, sont apparus comme d’importants facteurs de risque de diagnostic de TBM (OR de 7,8 et 4,9 respectivement).

Une évolution favorable dans la plupart des cas

Concernant la sensibilité, les antibiotiques les plus souvent actifs contre les TBM étaient l’amikacine, la moxifloxacine et le linézolide, ce dernier étant plus souvent à l’origine de toxicités sévères. Les plus utilisés étaient le pyrazinamide, l’éthambutol, l’amikacine et la moxifloxacine, corformément aux recommandations de l’OMS. En France, ces cas sont pris en charge dans des services hospitaliers spécialisés. Un traitement empirique basé sur l’origine des patients et les antécédents de traitement est rapidement engagé, puis adapté si nécessaire à la sensibilité de la souche une fois celle-ci connue. Dans cette étude, les durées d’hospitalisation sont apparues plus importantes en cas de TBM par rapport aux tuberculoses sensibles (91,6 vs 17 jours), et la durée du traitement était également augmentée (+472 jours) pour les souches ultrarésistantes, mais une amélioration rapide et une guérison ont pu être obtenues avec un traitement ciblé dans la plupart des cas.