TS chez les adolescents : quels sont les facteurs de risque de passage à l’acte ?

  • Mars B & al.
  • Lancet Psychiatry
  • 1 avr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon une large étude de cohorte britannique, la très grande majorité des adolescents qui ont des pensées suicidaires ou qui procèdent à des automutilations ne passent pas à l’acte (88%). Mais, au sein de ce groupe à haut risque suicidaire, la présence de certains facteurs comme des automutilations, des troubles du sommeil, une personnalité plus introverties ou une exposition à des automutilations de proches est prédictive du passage à l’acte. La recherche de ces différents facteurs peut donc être utile pour mieux évaluer le risque suicidaire de l’adolescent et le prévenir.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les pensées suicidaires et les automutilations sont associées à un risque de suicide plus élevé chez les adolescents. Mais au sein de ce groupe à risque, peu d’études, la plupart transversales, se sont intéressées aux facteurs susceptibles de prédire le passage à l’acte. Une étude britannique longitudinale parue dans Lancet Psychiatry a recherché les facteurs associés à une première tentative de suicide chez des adolescents ayant rapporté des idéations suicidaires ou des automutilations.

Méthodologie

À partir de la cohorte britannique Avon Longitudinal Study of Parents and Children (ALSPAC), les adolescents ayant déclaré avoir déjà eu des pensées suicidaires ou ayant rapporté des automutilations à l’âge de 16 ans ont été inclus dans l’étude. Ceux qui avaient déjà fait une tentative de suicide au même âge étaient exclus. L’association de différents facteurs avec une tentative de suicide ultérieure (évaluée à l’âge de 21 ans) était ensuite recherchée.

Résultats 

  • Seuls 12% des sujets avec pensées suicidaires (38 sur 310) et 12% de ceux qui s’étaient automutilés (46 sur 380) ont attenté à leurs jours pour la première fois entre 16 ans (âge d’inclusion) et 21 ans (âge d’évaluation).
  • Chez les sujets ayant déclaré des pensées suicidaires à l'inclusion, les principaux facteurs de risque de passage à l’acte étaient les automutilations (OR 2,78 [1,35-5,74], p=0,0059), la consommation de cannabis (OR 2,61 [1,11-6,14], p=0,029) ou d’autres drogues (OR 2,47 [1,02-5,96], p=0,045). Les sujets qui présentaient un niveau intellectuel plus élevé ou une plus grande ouverture d’esprit (OR 1,62 [1,06-2,46], p=0,025) ou ceux qui avaient assisté à l’automutilation d’un proche (membre de la famille OR 2,03 [0,93-4,44], p=0,076 ; amis OR 1,85 [0,93-3,69], p=0,081) étaient également plus souvent concernés.
  • Le risque de tentative de suicide était particulièrement élevé chez les sujets qui présentaient à la fois des idées suicidaires et des antécédents d’automutilations à l’inclusion, puisque 21% d’entre eux sont passés à l’acte durant la période de suivi. Un chiffre à comparer au 1% de TS chez les sujets qui n’avaient déclaré aucun de ces comportements.
  • Chez les participants qui n’avaient pas rapporté de pensées suicidaires à l’inclusion, les facteurs les plus prédictifs de tentatives de suicide étaient la consommation de cannabis (OR 2,14 [1,04-4,41], p=0,038), d’autres drogues (OR 2,17 [1,10-4,27], p=0,025), des troubles du sommeil (OR 1,91 [0,93-4,44] (p=0,069) pour les réveils nocturnes et OR 1,97 [1,02-3,81] (p=0,043) pour des durées de sommeil insuffisantes. Une association était également observée pour les personnalités plus introverties.

Limites

Les associations observées ne peuvent suffire à établir un lien de causalité.

Les facteurs de risque étaient identifiés à l’inclusion, mais pas au moment de la TS.

Il existe un possible biais d’attrition lié à la nature longitudinale de l’étude.