Troubles fonctionnels intestinaux : 3 fois plus d’opioïdes en 5 ans

  • Melchior C & al.
  • Front Pharmacol
  • 1 janv. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une équipe de chercheurs et cliniciens du Centre Hospitalier de Rouen a évalué l’impact de la consommation d’opioïdes chez les sujets suivis pour troubles gastro-intestinaux. Leur étude montre une nette augmentation de la consommation de tramadol, d’opoïdes de niveau II et III entre 2013 et 2018. Elle a plus que triplé en 5 ans, et elle est plus importante chez les sujets qui souffrent de troubles fonctionnels gastro-intestinaux que dans la population générale. Une augmentation de la sévérité des symptômes gastro-intestinaux (vomissements, constipation) et une dégradation de la qualité de vie est associée à cette consommation..

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

La consommation d’opioïdes de palier II et III a fortement augmenté au cours de la dernière décennie, notamment aux États-Unis (respectivement +45% et +65% entre 2006 et 2017). Cela n’est pas sans conséquence, notamment sur le risque de mésusage et d’overdose. Des tendances similaires – bien que moins marquées – ont été mises en évidence en France. 

Ces traitements ne sont pas recommandés pour les douleurs liées aux troubles fonctionnels intestinaux, car ils favorisent les symptômes gastro-intestinaux eux-mêmes. Ils sont cependant utilisés chez ces patients pour d’autres types d’atteintes. Il était intéressant de juger de l’évolution de ces tendances et des conséquences sur la santé des patients concernés.

Méthodologie

Les données évaluées portent sur les patients suivis au centre hospitalier de Rouen pour troubles gastro-intestinaux entre 2013 et début 2019. Le syndrome de l’intestin irritable et la dyspepsie fonctionnelle ont été évalués ainsi que la sévérité du syndrome de intestin irritable, les vomissements, la sévérité de la constipation et la qualité de vie. Les patients ont été classés en fonction des traitements opioïdes qu’ils recevaient, opioïdes de niveau II, opioïdes de niveau III ou sans opioïde.

Principaux résultats

Sur les 2.933 patients inclus consécutivement dans l’étude, 12,5% avaient un syndrome de l’intestin irritable seul, 39,3% une dyspepsie fonctionnelle seule, 24,9% avaient les deux et 23,4% avaient un autre trouble gastro-intestinal fonctionnel. L’immense majorité (72,9%) étaient des femmes, âge moyen 50 ans, IMC moyen 24,1 kg/m2. Sur l’ensemble de la population, 1,8% consommaient du tramadol, 1,3% des opioïdes de niveau II et 0,3% des opioïdes de niveau III en 2013. La proportion de patients consommant ces traitements a fortement évolué en 5 ans, puisque 4,3% des patients prenaient du tramadol, 3,4% des opioïdes de niveau II et 1,9% des opioïdes de niveau III en 2018. La différence de consommation durant ces deux périodes était tout à fait significative (p

Les comorbidités rhumatologiques, neurologiques et migraineuses concernaient respectivement 10,4%, 6,1% et 1,5% des patients. Elles étaient significativement plus fréquentes chez les sujets sous opioïdes que chez ceux qui n’en prenaient pas, respectivement 33,2% vs 8,3%, 8,6% vs 5,8%, 3,3% vs 1,0%, p

Les analyses ont montré que par rapport à ceux qui ne prenaient pas d’opioïdes, la consommation de tramadol était associée à un des symptômes gastro-intestinaux, à une constipation et des vomissements plus sévères, et à une moins bonne qualité de vie. La consommation d’opioïdes de pallier III était quant à elle associée à plus de vomissements et à une dégradation de la qualité de vie. 

Limitations

Étude monocentrique et rétrospective. Le durée et la dose cumulée des traitements évalués n’étaient pas disponibles, ni celles des autres traitements pouvant avoir un impact sur ces résultats.