Troubles du sommeil: telle mère, tel enfant?

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Les troubles du sommeil concerneraient 30 à 40% des enfants d’âge scolaire. Ils seraient associés aux troubles du sommeil dont les parents, et plus particulièrement la mère, souffrent parallèlement. Derrière cette association, des facteurs environnementaux, comportementaux et génétiques sont certainement incriminés. Pour autant, ces troubles sont-ils toujours objectivés? Certaines études ont en effet décrit que les parents souffrant de troubles du sommeil étaient plus enclins à rapporter des difficultés liées au sommeil chez leurs enfants, sans que ces troubles soient identifiés comme tels par actigraphie. Pour mieux préciser cette observation, une étude, parue dans Sleep Medicine, décrit les données d’électroencéphalogrammes (EEG) de sommeil recueillis à domicile chez des enfants décrits comme souffrant de troubles du sommeil par leurs parents, selon l’existence de troubles similaires chez ces derniers.

Méthodologie

  • Ce travail a été mené à partir d’une cohorte recrutée dans le cadre de l’étude BSPC (Basel Study or Preterm Children). Une partie de la cohorte étant née avant terme, les analyses ont été ajustées sur le degré de prématurité.

  • Les parents décrivaient la qualité de sommeil de leur enfant via le questionnaire CSHQ (Children’s Sleep Habits Questionnaire) relatant la résistance au sommeil, le retard et la durée de sommeil, l’anxiété liée au sommeil, les troubles respiratoires, réveils nocturnes, parasomnies durant la nuit, ainsi que le réveil matinal et la somnolence. Ils remplissaient parallèlement le questionnaire ISI sur leurs symptômes d’insomnie durant les 15 derniers jours.

  • Un EEG de sommeil de l’enfant était conduit au domicile durant une nuit au cours de laquelle le temps total de sommeil, la continuité du sommeil (efficacité, latence avant endormissement, réveils nocturnes) et l’architecture des différents stades étaient analysés.

  • Les auteurs ont utilisé le modèle d’analyse APIM (Actor–Partner Interdependence Model) permettant de dissocier l’interdépendance existant entre la perception de chacun des parents et le profil du partenaire.

Résultats

  • L’étude a rassemblé 191 enfants de 7 à 12 ans (moyenne : 9,58 ans), dont 57,1% de garçons. L’analyse a porté sur 142 d’entre eux ayant réalisé un EEG et pour lesquels les deux parents avaient rempli l’ensemble des questionnaires.

  • Il y avait une association entre l’insomnie maternelle selon le questionnaire ISI et le temps total de sommeil mesuré à l’EEG chez l’enfant. Cette association concernait plus spécifiquement le sommeil de stade 2, plus long, et le sommeil lent profond, plus court. L’endormissement était aussi plus tardif chez les enfants dont la mère avait des insomnies. En revanche, il n’y avait pas d’association entre l’insomnie maternelle et la continuité du sommeil de l’enfant.

  • Aucune association n’a été identifiée entre l’insomnie paternelle et les données de l’EEG.

  • Les mères qui présentaient les symptômes d’insomnie les plus sévères étaient celles qui déclaraient le plus souvent une résistance au sommeil, une anxiété liée au sommeil et les réveils nocturnes de leur enfant. L’insomnie maternelle était aussi corrélée à la perception du père concernant la résistance au sommeil, l’anxiété liée au sommeil, les troubles respiratoires, l’anxiété et le score global de troubles du sommeil chez l’enfant.

  • Ces associations restaient significatives après avoir ajusté les résultats sur les données de l’EEG.

Limites

Un seul EEG de sommeil a été réalisé pour chacun des enfants. De plus, la cohorte n’était pas entièrement représentative de la population pédiatrique générale.

Financement

L’étude a été financée par l’université de Basel.

À retenir

Les données de cette étude décrivent l’association existant entre l’insomnie maternelle et la déclaration de troubles du sommeil de l’enfant par la mère comme le père. À travers les  données objectives de l’EEG, elle montre que les troubles objectivés ne suffisent pas à expliquer cette association.