Troubles bipolaires : l’intérêt des interventions psychosociales confirmé

  • Miklowitz DJ & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 14 oct. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une méta-analyse américaine en réseau montre à partir des résultats de 39 essais cliniques que globalement l’ajout d’une psychothérapie au traitement pharmacologique est associé à une réduction nettement plus importante des rechutes par rapport à un traitement pharmacologique avec soins usuels.
  • L’analyse par type d’intervention fait apparaître les thérapies familiales ou de couple et les interventions psycho-éducatives standards (entraînement au repérage des symptômes prodromaux) comme étant les plus fortement associées à une réduction des rechutes.

 

 

Dans le cadre de la prise en charge des troubles bipolaires, il est de mieux en mieux admis qu’utilisés seuls, les traitements pharmacologiques sont insuffisants pour prévenir les rechutes ou soulager les symptômes et que l’ajout d’une psychothérapie permet d’améliorer les résultats. Différentes psychothérapies ont été évaluées en traitement adjuvant, mais peu d’études ont comparé directement l’efficacité clinique des approches utilisées. Une équipe américaine a donc mené une revue de la littérature et une méta-analyse en réseau pour évaluer l’impact des interventions psychosociales sur le nombre de rechutes et la stabilisation des symptômes dans leur ensemble et de façon comparée.

Une méta-analyse en réseau pour comparer l’efficacité de différentes interventions psychosociales

La revue de la littérature a recherché les essais randomisés portant sur la prise en charge des troubles bipolaires et ayant comparé l’efficacité d’une psychothérapie associée à un traitement pharmacologique (thérapie cognitive et comportementale, thérapie familiale ou de couple, thérapie interpersonnelle ou thérapie psycho-éducationnelle), à celle d’un traitement pharmacologique associé à un placebo. Le critère principal de l’étude était le nombre de participants ayant eu une rechute au cours des 12 mois suivant la randomisation. Les critères secondaires comprenaient l’effet sur la sévérité des symptômes maniaques ou dépressifs, ainsi que l’acceptabilité du traitement (patients restant dans l’étude).

Un bénéfice global des interventions psychosociales adjuvantes en termes de rechute

L’étude a finalement retenu 39 essais randomisés représentant 3863 participants (âge moyen 36,5 ans, 60,8% de femmes).

De façon globale, l’ajout d’une psychothérapie au traitement pharmacologique a été associé à une moindre fréquence des rechutes par rapport à l’ajout de soins standards (Odds Ratio (OR) 0,56 [0,43-0,74]) (résultats sur 20 essais).

Une efficacité sur les rechutes en faveur des thérapies familiales ou de couple

Selon l’analyse en réseau, les thérapies familiales ou de couple (OR 0,30 [0,17-0,53]), les thérapies cognitives et comportementales (OR 0,52 [0,34-0,79]), les interventions psycho-éducatives standards avec notamment un entraînement à repérer les symptômes prodromaux (OR 0,52 [0,32-0,84]) ou les interventions psycho-éducatives courtes (OR 0,34 [0,16-0,74]) ajoutées au traitement pharmacologique ont été associées à un plus faible nombre de rechutes par rapport au traitement pharmacologique associé à des soins standards  (24 essais), les meilleurs résultats ayant été obtenus par les thérapies familiales ou de groupe (vs thérapies individuelles).

Une amélioration des symptômes dépressifs ou maniaques

Concernant la stabilisation des symptômes dépressifs, les thérapies cognitives et comportementales, et avec moins de certitude les thérapies familiales ou de couple et les thérapies interpersonnelles, ont été associées à de meilleurs résultats par comparaison au groupe contrôle (résultats sur 21 essais).

Concernant l’effet sur les symptômes maniaques, ce sont les thérapies cognitives et comportementales, les interventions psycho-éducatives et les thérapies familiales ou de couples qui ont pu être associées à une amélioration par rapport au groupe contrôle (19 essais).

Acceptabilité des traitements

Une meilleure acceptabilité, mesurée par les temps de maintien plus important des participants dans l’étude, a été observée pour les thérapies familiales ou de couple et pour les interventions psycho-éducatives brèves (36 essais).

Limites

Hétérogénéité des populations, des durées de traitement et de suivi.