Troubles alimentaires : de nouveaux résultats en faveur d’une origine infectieuse

  • Breithaupt L & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 24 avr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

À  partir d’une cohorte d’un demi-million d’adolescentes, une étude danoise suggère que les infections plus ou moins sévères, c’est-à-dire ayant conduit à une hospitalisation ou à un traitement antibiotique en ville, sont associées à un risque accru de développer un trouble alimentaire ultérieur (anorexie, boulimie, ou autres troubles alimentaires non spécifiés). Ce surrisque semble accru avec la proximité temporelle de l’infection, le risque maximum étant observé dans les 3 mois. Une association dose-réponse en fonction du nombre d’expositions à un germe infectieux est également observée.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Le rôle des infections dans le développement de pathologies psychiatriques fait l’objet d’un intérêt croissant. Mais le lien avec les troubles alimentaire a été encore peu étudié.

Méthodologie

En se basant sur une cohorte populationnelle issue de registres danois regroupant toutes les filles nées entre janvier 1989 et décembre 2006 et suivies jusqu’en décembre 2012, cette étude prospective a recherché les associations entre admission à l’hôpital ou prescription d’agents anti-infectieux en soins primaires liées à une infection, et l’existence ultérieure d’un diagnostic de trouble alimentaire (anorexie, boulimie, ou autre trouble alimentaire non spécifié).

Résultats 

  • Dans cette cohorte de plus de plus de 500.000 filles représentant un suivi d’environ 4.600.000 personnes-années, 2.131 ont reçu un diagnostic d’anorexie, 711 de boulimie, et 1.398 de troubles alimentaires non spécifiés. L’âge de survenue allait de 15,2 ans pour l’anorexie  à 17,9 ans pour la boulimie.
  • L’existence d’une infection sévère ayant nécessité une hospitalisation a été associée à une augmentation du risque de recevoir un diagnostic ultérieur de troubles alimentaires : +22% pour l’anorexie (Hazard ratio (HR) : 1,22 [1,10-1,35]) et +35% (HR 1,35 [1,13-1,60]) pour la boulimie par rapport aux filles n’ayant pas eu d’hospitalisation pour une infection. Le risque de trouble alimentaire non spécifiés était également fortement augmenté (HR : 1,39 [1,23-1,57]).
  • Par ailleurs, le risque de recevoir un diagnostic pour l’un de ces troubles alimentaires était d’autant plus important que l’hospitalisation était proche, avec un risque maximal au cours des 3 premiers mois suivant une hospitalisation pour infection (association temporelle). Le risque de troubles alimentaires non spécifiés augmentait également avec le nombre d’hospitalisations pour infection (association dose-réponse).
  • Et le fait d’avoir reçu 3 prescriptions d’antibiotiques ou plus durant la période de suivi était également associé à un risque de troubles alimentaires accru par rapport à celles ayant reçu un nombre de prescriptions inférieur, avec une augmentation du risque de 23% (HR : 1,23 [1,10-1,37]) pour l’anorexie, de 63% (HR : 1,63 [1,32-2,02]) pour la boulimie et de 45% (HR : 1,45 [1,25-1,67]) pour les troubles non spécifiés. Là aussi, les 3 premiers mois suivant la dernière prescription représentaient la période où le risque était le plus élevé. Et une association dose-réponse était observée pour les trois sous-types de troubles alimentaires.

Limitations

Des études réalisées en communauté indiquent que près de la moitié des troubles alimentaires ne seraient pas diagnostiqués. Ces cas ne sont donc pas pris en compte dans les registres nationaux.

Il n’est pas possible d’établir un lien de causalité à partir de ces seuls résultats.