Trouble de l’absorption des vitamines hydrosolubles et liposolubles en pratique


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les auteurs de cette revue mettent en avant les situations pratiques face auxquelles il est utile de penser au risque de déficit ou carence en vitamines hydrosolubles et liposolubles. Aux doses physiologiques, l’absorption intestinale des vitamines se fait par transport actif, de fait, des mécanismes de compétition peuvent intervenir. Certains médicaments, l’alcool, ainsi que certaines pathologies digestives ou chirurgies intestinales impactent l’absorption des vitamines. Si les mécanismes physiopathologiques commencent à être élucidés, des études de physiologie et d’épidémiologie sont encore nécessaires pour mieux comprendre les impacts en termes de santé.

Influence des médicaments sur l’absorption des vitamines hydrosolubles

Si l’hypothèse de la limitation de l’absorption de la vitamine B12 (cobalamine) par les IPP a été confirmée lors de traitement de courte durée (2 semaines), les effets lors d’un traitement au long cours seraient encore controversés. Les IPP pourraient également diminuer les concentrations plasmatiques de vitamine C (acide ascorbique), mais les données disponibles actuellement ne sont issues que d’études expérimentales. Par ailleurs, certaines données suggèrent que cet effet pourrait être en lien avec Helicobacter pylori. La metformine diminue l’absorption intestinale de vitamine B12, et pourrait également impacter l’absorption de la vitamine B1 (thiamine). Certains antiépileptiques inhibent l’absorption de la vitamine B8 (biotine), expliquant certains cas d’alopécie décrits sous valproate. Le valproate, la carbamazépine et la phénytoïne diminueraient également les concentrations plasmatiques de vitamine B9 (acide folique). Certains phénomènes de compétition d’absorption sont parfois détournés, par exemple en décalant la prise de l’acide folique lors d’un traitement par méthotrexate lorsque l’on cherche à en limiter la toxicité.

Impact de l’alcool

L’effet de l’alcool sur les déficits et carences vitaminiques est double. Tout d’abord, un déficit d’apport est souvent rencontré chez les sujets ayant une consommation importante d’alcool. Et la consommation d’alcool peut entrainer une inhibition de l’absorption des vitamines B1, B2 (riboflavine), B8 et B9. L’absorption des vitamines liposolubles est également fréquemment altérée chez ces sujets, en cas d’insuffisance pancréatique, parfois concomitante, puisque l’absorption de ces vitamines est en lien avec celle des lipides.

Effets des pathologies digestives et des principales chirurgies intestinales

En cas de maladie cœliaque, les déficits/carences en vitamines sont fréquents, notamment B6, B9 et B12. Les gastrectomies partielles ou totales peuvent conduire à des déficits en vitamine B12 par diminution de la production du facteur intrinsèque au niveau gastrique, et en vitamines liposolubles (principalement A et E) par déficit de lipase gastrique. La duodénopancréatectomie céphalique induit une insuffisance pancréatique exocrine qui conduit à la diminution modérée -sans effets cliniques- des concentrations sanguines en vitamines A, D, E. Des déficits en vitamines hydrosolubles B6 et B8 ont également été décrits dans cette situation. Le risque de carence en vitamine B12 est bien démontré également en cas de résection iléale (de plus de 60 cm) chez les sujets atteints de maladie de Crohn. En cas de grêle court, la carence en vitamine B12 sera retrouvée en l’absence de nutrition parentérale, et le risque de carences en vitamines liposolubles est majoré en cas de stéatorrhée. L’absorption de la vitamine D (la plus étudiée dans cette situation) dépendra de la longueur de la résection. En dehors de ces deux vitamines, peu de données sont disponibles dans cette situation. Enfin, la chirurgie bariatrique induit de nombreuses carences vitaminiques (notamment B1) en cas de bypass gastrique et dérivation biliopancréatique. Le bypass gastrique Roux-en-Y entraînerait quant à lui peu de malabsorptions selon les auteurs.