Trop de prescriptions potentiellement inappropriées chez les patients âgés déments

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Les prescriptions potentiellement inappropriées (PPI) concernent des médicaments qui ne devraient pas être prescrits aux personnes âgées du fait d’un rapport bénéfice/risque défavorable. La littérature fait état de 10 à 56% de telles prescriptions chez les personnes atteintes de démence, mais les facteurs associés et les conséquences de ces PPI sont encore mal décrits. Une étude réalisée dans 8 pays d’Europe a pour la première fois mesuré la fréquence des PPI chez les personnes âgées atteintes de démence. Les facteurs associés et les conséquences de ces PPI ont également été analysés.

Méthode

  • L’étude Right Time Place Care est une étude prospective qui a inclus une cohorte de personnes âgées (≥65 ans) atteintes de démence et vivant en résidence communautaire ou en institution dans 8 pays européens (Allemagne, Angleterre, Estonie, Finlande, France, Pays bas, Espagne, Suède). Les sujets inclus ont été évalués à l’inclusion entre novembre 2010 et avril 2012, puis après 3 mois de suivi.
  • Les prescriptions de ces personnes (code ATC, dose, fréquence et voie d’administration) ont été collectées auprès des soignants, puis analysées pour repérer les PPI au regard de la liste européenne des prescriptions potentiellement inappropriées (EU7-PPI)1.
  • Toutes les données concernant l’âge, les prescriptions, le statut cognitif, fonctionnel, les comorbidités, les hospitalisations, les blessures liées à des chutes et la mortalité survenues entre l’inclusion et la visite de suivi étaient consignées par les investigateurs lors de la visite de suivi à 3 mois.
  • La proportion de sujets recevant des PPI, les molécules les plus fréquemment concernées, ainsi que les facteurs associés étaient analysés en fin de suivi.
  • Un second modèle statistique permettait d’analyser les événements défavorables liés aux PPI : mortalité à 3 mois, au moins un épisode de blessure liée à une chute, au moins une hospitalisation.

Résultats

  • 2004 personnes âgées atteintes de démence ont été incluses dans l’étude, avec un âge moyen de 83 ans (±6,6). 67,5% étaient des femmes et 39,3% vivaient en maison médicalisée.
  • Le score cognitif (MMSE) médian était de 14, le score médian sur l’échelle d’autonomie de Katz de 3, et l’index de comorbidité de Charlson médian était de 2.
  • Globalement, sur les 8 pays européens, 66% des participants avaient au moins 1 PPI (de 47,0 à 67,5% selon les pays, 65,2% pour la France), et 26% en avaient au moins deux (de 15,2 à 39,2% selon les pays, 24,1% pour la France).
  • L’utilisation d’inhibiteurs de la pompe à protons durant plus de 8 semaines représentait la PPI la plus fréquente (19,1% de toutes les PPI), suivie par la prise de risperidone durant plus de 6 semaines.
  • Un âge supérieur à 80 ans, un plus haut niveau de dépendance dans les activités quotidiennes, un nombre plus important de comorbidités et le fait de vivre en institution étaient des facteurs associés à un risque plus élevé d’avoir 2 PPI ou plus.
  • Au contraire, les sujets qui avaient un faible score S-MMSE (0-9) avaient un risque moins important d’avoir 2 PPI ou plus, par comparaison à ceux dont le S-MSE était plus élevé (20-24).
  • Les sujets qui présentaient 2 PPI ou plus avaient un risque plus élevé d’avoir été blessé suite à une chute (Odds ratio : 1,54 [1,04-2,30] (p=0,033) et d’avoir eu au moins un épisode d’hospitalisation (OR : 1,6 [1,13-2,27] (p=0,008) entre l’inclusion et la visite de suivi à 3 mois, par comparaison aux sujets qui n’avaient pas de PPI.

Limitations

  • La population de l’étude n’est peut-être pas représentative des différentes populations de chacun des pays.
  • La durée de suivi limitée à 3 mois ne permettait pas d’appréhender les conséquences des PPI à plus long terme.

À retenir

Les prescriptions potentiellement inappropriées sont particulièrement fréquentes chez les personnes âgées atteintes de démence dans les pays européens qui participaient à l’étude. Elles sont le plus souvent associées à des séjours de longue durée en institution, à un âge, un niveau de comorbidité, et à un handicap fonctionnel plus élevé, mais aussi à des troubles cognitifs plus légers. Elles sont également associées à des événements défavorables plus fréquents (blessures par chute, hospitalisations). Selon les auteurs, une attention particulière doit être portée aux médicaments psycholeptiques et aux anti-acides qui figurent en tête du TOP 10 des PPI. Et des interventions sont attendues pour optimiser les prescriptions, en particulier chez les personnes vulnérables présentant un ou plusieurs des facteurs identifiés.